L’IA va-t-elle augmenter ou standardiser la créativité des actifs ?

L’artificialisation de la créativité s’opère peu à peu dans le monde du travail. En effet, les métiers de la création requièrent désormais eux aussi une expertise aiguisée en matière d’intelligence artificielle. Dans le domaine de la musique par exemple, c’est déjà la moitié des créateurs qui utilisent l’IA dans leurs projets avec une adoption différente par genre musical selon la SACEM. L’audiovisuel n’est cependant pas en reste : ainsi, le CNC estimait déjà en 2025 que 65% des professionnels du secteur avaient déjà utilisé l’IA.

La progression des usages en termes d’IA ne semble visiblement pas dépérir, et ce, même dans les domaines artistiques. Alors que la plupart des professionnels paraissent satisfaits de leur collaboration homme-machine, une problématique s’impose : celle de l’originalité des créations assistées par l’IA

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Quels bénéfices L’IA donne-t-elle aux créatifs ?

L’IA et notamment L’IA générative suggère une multitude d’apports aux métiers de la création. Du brainstorming à la conception puis la réalisation, l’intelligence artificielle se montre comme un vrai plus pour les professionnels qui souhaitent explorer des pistes créatives qui étaient encore peut-être inexploitées.

Mais c’est surtout le gain de temps et l’efficacité qui séduisent les créatifs. Les LLM (Large Language Models) comme chat GPT par exemple peuvent interagir avec les utilisateurs et s’adapter aux exigences demandées. L’outil devient doucement l’assistant créatif surdoué que l’on veut absolument dans son équipe. La rapidité d’exécution et la quantité d’idées générées offrent des opportunités interminables de croissance dans un monde en perpétuel changement.

Les LLM arrivent également à rédiger des textes de toute nature en quelques secondes, permettant d’aider à la rédaction de rapports, de notices, d’articles et de posts sur différents réseaux sociaux.

Dans l’écosystème de l’IA générative, il existe également les outils de création d’image IA qui sont quant à eux capables en quelques minutes de générer des visuels adaptatifs : une image pour illustrer un article de presse, une vidéo pour accompagner le récit d’un vidéaste amateur ou pro, les possibilités se conjuguent au pluriel avec ces outils.

L’IA générative plaît aussi car elle aide à réduire certaines tâches chronophages, laissant aux travailleurs la possibilité de se recentrer sur des missions qui les passionnent plus tout en laissant la place à l’expérimentation.

Quelles sont les limites de l’IA en termes de créativité ?

L’IA séduit on l’a vu pour son efficacité, sa réactivité et sa productivité. Peut-elle également séduire par son originalité et sa créativité ?

La question de l’IA dans l’art et la création est presque philosophique : une machine peut-elle parfaitement imiter l’humain ? En 2025, 68 % des actifs utilisaient l’IA générative dans leur vie personnelle ou au travail, une tendance qui a de beaux jours devant elle grâce aux investissements massifs des entreprises et des États dans cette technologie.

L’IA peut cependant amener à un risque d’homogénéisation de la création. Une étude de 2023 avait ainsi démontré que le travail des IA, bien qu’il soit de qualité supérieure, est également bien moins original et plus monotone. De plus, ces technologies s’inspirent grandement des travaux de créateurs bien humains sans forcément les créditer, la problématique des droits d’auteurs est donc centrale dans la création assistée.

De plus, cette création dite assistée pourrait se muer en dépendance pour certains créatifs. Les professionnels pourraient se désengager de leurs processus créatifs, renforçant une baisse de qualité générale. L’adoption généralisée de l’IA défie donc l’autonomie de certains travailleurs et standardise la chaîne de production.

Mais c’est aussi les limites intrinsèques de la création artificielle qui imposent un sens différent au travail créatif de demain. En effet, une IA se comporte différemment de nous quand il s’agit de créer : elle compose avec les données existantes et s’appuie sur des modèles existants pour proposer une version améliorée. L’IA collecte et utilise des données quand l’humain, lui, apprend de ses expériences, de ses émotions et cherche à offrir sa vision au monde à travers sa création. Les goûts, le vécu, les sentiments, les réflexions étant propres à chacun, la créativité humaine tend donc à être singulière.

Que vaut une collaboration humain-IA durable pour les créatifs ?

Le syndrome de la page blanche pourrait peut-être disparaître avec l’instauration de l’IA dans les processus de travail. L’adoption de la cocréation humain-IA permet aux actifs de dépasser le blocage créatif, en générant des pistes de création inexploitées. Cependant, cette synergie ne devrait pas effacer la patte de l’humain, simplement l’étendre.

Ainsi, une collaboration efficace avec l’IA ne dilue pas l’impact humain du travail en lui-même, elle inspire les créateurs et assiste dans les tâches de recherche et de conception. Le potentiel gain de productivité est important, ce qui explique son adoption massive. Afin de limiter la dépendance à cette technologie, une règle simple a été imaginée : la règle des 30%. En simple, la conception d’un contenu, qu’il soit créatif ou académique, doit reposer sur une limitation fixée à 30% de l’utilisation d’outils d’IA dans le but de laisser 70% du travail attribué aux fruits d’une réflexion et exécution humaine.

Cette limite impose un cadre intéressant pour les professionnels et les académiques. En effet, cette directive permet de limiter l’impact de l’IA (sans complètement l’effacer) tout en encourageant une intervention humaine plus que majoritaire.

Un usage sensé de l’IA se trouve ainsi dans la modération. L’utilisation passive des outils de génération de contenu peut amener à l’accentuation de plusieurs biais cognitifs qui pourraient détériorer la collaboration créative humain-IA :

  • Le biais d’ancrage : la première idée est la bonne. Les utilisateurs restent donc bloqués sur le premier résultat généré par l’IA sans pouvoir s’en défaire.
  • Le biais d’automatisation : l’IA a tout le temps raison. Ce biais nous pousse à croire l’IA sans la challenger et surtout sans admettre que la machine peut se tromper.

L’IA se présente donc comme une aide qui peut être de temps à autre faillible, qu’il faut donc questionner et vérifier. L’outil ne devrait donc pas remplacer l’humain dans des tâches de réflexion ou de conception.

Le remplacement est d’ailleurs une crainte très actuelle dans le monde du travail. Est-elle cependant fondée dans les milieux créatifs ? La créativité humaine face à l’IA a déjà été sondée par une étude canadienne, les résultats ont montré que l’IA savait atteindre des niveau de créativité humaine, cependant, elle n’arrivait pas à surpasser 10% des personnes les plus créatives, laissant aux personnes les plus talentueuses le pouvoir de surpasser une machine.

La création est de ce fait améliorée que si l’IA est utilisée de manière raisonnable dans des tâches précises. Le talent n’a pas encore lieu d’être synthétisé, ce qui ne devrait pas défaire les opportunités créatives, simplement les muter. Aujourd’hui les compétences (avancées ou basiques) en IA sont non plus recherchées mais demandées car les employeurs comprennent que la collaboration entre humain et IA est primordiale afin de booster la productivité et d’élargir le champ des possibles.

Conclusion

L’IA offre des opportunités de croissance indéniables pour les actifs et s’impose à elle toute seule comme une révolution technologique dans l’organisation moderne du travail. L’arrivée de l’IA et notamment l’IA générative a boosté la création de contenu à plusieurs échelles et dans plusieurs industries. Les créatifs voient en ces outils une manière d’approfondir la portée de la création humaine. Un usage de l’IA éthique et modéré permet de réduire les craintes liées à l’introduction de ces technologies dans le monde du travail et apporte une plus-value indéniable aux actifs tout en faisant évoluer la création vers de nouveaux standards plus qualitatifs et plus productifs.

À propos de l’auteur

Najmine Jebbour est consultante en relations publiques spécialisée dans les nouvelles technologies. Elle travaille régulièrement avec les entreprises les plus innovantes du secteur afin de mettre en lumière les transformations des usages numériques et notamment ceux liés à
l’intelligence artificielle.

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