Infopreneuriat : un paradigme économique aux limites désormais visibles

Infopreneure depuis 2017, j’ai observé de l’intérieur cet écosystème aux apparences magiques. Être infopreneur, c’est gagner sa vie derrière un écran, en vendant des produits et services en ligne. Lorsqu’on trouve un positionnement original et qu’on se plaît à déployer des stratégies de webmarketing, on peut facilement transformer son entreprise en “machine à cash”. Mais la vie est loin d’être rose pour tous les infopreneurs. Et pour cause, cet écosystème fascinant est également vacillant. Un seul faux pas et tout s’écroule en un claquement de doigts. Voici donc les 5 éléments qui vulnérabilisent les infopreneurs au quotidien…

1/ Un marché ultra-concurrentiel et saturé

Le marché de l’infopreneuriat se concentre essentiellement sur la vente de prestations d’accompagnement et de formations en ligne. Ce marché est aujourd’hui saturé. Les coachs poussent comme des champignons et la généralisation des prises en charge par le Compte Personnel de Formation (CPF) dont l’obtention nécessite des démarches longues et coûteuses défie toute concurrence. Par conséquent, les petits infopreneurs ne bénéficiant pas de cette aide sont écrasés par cette nouvelle « machine à cash ». Pire encore, les Français qui n’avaient déjà pas l’habitude d’investir de leur propre poche sont encore plus frileux à se former sans mobiliser leur CPF. En outre, la prise en charge est devenue une norme, l’investissement personnel une hérésie, et les formateurs non certifiés en marge d’une économie fermée.Formation Création et développement d'une activité de formation

2/ Une déconnexion avec l’économie de terrain

Être infopreneur, c’est être derrière un écran et trouver ses clients en ligne. Seulement, le web à ses limites. En effet, une audience doit être renouvelée pour être source de nouveaux prospects.

Or, les stratégies d’acquisition court-termistes en ligne restent limitées :

  • Publicité payante ;
  • Prospection massive ou ciblée sur les réseaux sociaux ;
  • Tunnels de ventes automatisées ;
  • Lancement orchestré.

Bien sûr, le référencement naturel et la production de contenus sont à prendre en compte, mais il s’agit de stratégie de moyen terme.

Le premier problème de ces stratégies d’acquisition, c’est qu’elles ne permettent pas de renouveler son audience avec des prospects issus d’autres écosystèmes.

Par exemple, si vous êtes infopreneur et que vous développez une communication sur les réseaux sociaux, vous toucherez majoritairement des infopreneurs.

Le deuxième problème, c’est qu’elles demandent à ce qu’on se soumette aux règles imposées par un algorithme changeant. Contourner l’algorithme, c’est prendre le risque de perdre en visibilité sur le web. Or, un infopreneur invisible en ligne est un infopreneur mort.

3/ Un complexe d’infériorité dans un univers de success stories

L’infopreneuriat repose sur un storytelling marqué par des success stories régulières. Les publications sur les réseaux sociaux montrent des modes de vie idylliques couplés d’une abondance financière. L’échec existe pour valoriser le succès d’histoires romancées. Sur le web, l’infopreneur sous pression pour vendre rapidement n’ose pas prendre le risque d’exposer sa vulnérabilité. Et pourtant, l’envers du décor n’est pas toujours réjouissant : pression entrepreneuriale à la réussite, pression financière, désalignement ou épuisement poussent les infopreneurs dans une détresse psychologique et pécuniaire.

4/ Un formatage intellectuel : la difficulté à créer ses propres modèles cognitifs et économiques

Tout comme d’autres secteurs d’activité, l’infopreneuriat formate en proposant des stratégies de marketing digital prêtes sur un plateau :

  • Lancements inversés ;
  • Tunnels de vente ;
  • Mails quotidiens ;
  • Etc.

Le problème, c’est que ces stratégies ne laissent que peu de place aux initiatives individuelles et aux élans de témérité intellectuelle et économique.

Or, l’infopreneur aurait tout intérêt à sortir du lot, en développant ses propres stratégies :

  • Refuser les tunnels de vente et vendre à l’occasion d’une rencontre physique ;
  • Refuser les appels découverte, et préférer échanger par messages vocaux ;
  • Refuser la notion d’urgence et vendre à une cible demandeuse de formation.

Bien sûr, ces stratégies existent déjà à une échelle individuelle, mais la peur de sortir des clous condamne les infopreneurs à rester dans un modèle économique qui peut être obsolète pour leur propre développement.

5/ Le piège de l’immédiateté des résultats : un réveil difficile quand l’infopreneur revient au sol

Etre infopreneur, c’est baigner dans un écosystème valorisant l’immédiateté des revenus :

  • Un lancement de formation sur deux semaines générera X revenus ;
  • Une campagne de publicité générera X prospects.

Mais ces stratégies digitales éloignent les infopreneurs de stratégies de vente plus long terme :

  • Le développement d’un réseau ;
  • L’ancrage local ;
  • Sans oublier le référencement naturel.

Les infopreneurs se mettent ainsi une pression de réussite immédiate, en comparaison aux images de succès véhiculées par leurs concurrents sur les réseaux sociaux. Or, construire une activité solide prend du temps, invite à prendre des risques, mais également à recréer un contact humain authentique et durable.

Conclusion

L’infopreneuriat a le vent en poupe depuis quelques années. En 2020, la crise sanitaire l’a mené à son paroxysme. Toutefois, ce paradigme tant idéalisé révèle aujourd’hui l’envers d’un décor fragile : des entrepreneurs sous pression évoluant dans un écosystème de plus en plus concurrentiel et de plus en plus déconnectés du monde réel. Face à cette douche froide, les infopreneurs se retrouvent déboussolés et doivent user de leurs ressources pour rebondir : l’infopreneuriat sera-t-il ce nouveau choix ?