Le 28 avril 2021, j’ai reçu ce mail :

Mail de bienvenue dans le programme partenaire pour devenir youtubeur professionnel

2 mois après avoir ouvert ma chaîne, me voilà devenu un Youtubeur professionnel et intégré au Programme Partenaire. Depuis un an maintenant, je gagne de l’argent avec mes vidéos Youtube. 

Formation webmarketing

Et je comprends que ce soit très tentant pour d’autres d’en faire une activité principale, surtout quand on sait que l’apprentissage par vidéo à distance est en train d’exploser

Mais soyons honnêtes une petite minute : devenir Youtubeur professionnel ne ressemble pas à l’image que l’on s’en fait. Il ne suffit pas de publier du contenu excellent pour faire des vues et décoller.

Dans cet article, j’ai décidé de vous lister les 3 choses que j’aurais aimé savoir avant de me lancer dans cette aventure. 

3 choses qui m’auraient permis de gagner pas mal de temps… ou de repenser ma décision. 

#1. Devenir Youtubeur professionnel… c’est dur et ça prend du temps

Quand on regarde les vidéos des youtubeurs créateurs indépendants type Squeezie, EnjoyPhoenix, Normam et Cyprien on peut se dire que ça a l’air facile de faire des millions de vues sur Youtube et d’avoir des millions d’abonnés. Après tout, il suffit d’allumer sa webcam et de se filmer en train de réagir à une vidéo, de parler d’un sujet qui nous tient à cœur ou de raconter des blagues. 

En réalité, ça ne se passe pas du tout comme ça. 

Préparer une vidéo prend du temps. Puis il faut la tourner, la monter, la poster sur Youtube, et l’éditer. Tout ça sans garantie que votre vidéo fasse la moindre vue. 

Les premières fois vous allez être hyper motivés et avoir plein d’idées à aborder. Poster votre première vidéo sera une vraie aventure. Ce sera une autre histoire quelques semaines plus tard.

Pour être Youtubeur professionnel, il faut donc avant tout aimer la création de vidéos. Si vous faites ça pour être connu ou « gagner de l’argent facilement », vous pouvez passer votre chemin. 

La motivation de l'apprenti youtubeur professionnel baisse

Préparez-vous également à recevoir des messages haineux. Les haters sont une réalité. Vous allez forcément en recevoir, même s’il y en a en fait moins que ce que l’on pense. Ça va vous faire tout drôle la première fois. Un inconnu vous déteste sans raison et vous en fait part ouvertement. C’est totalement gratuit. Je ne sais pas comment font certains Youtubers qui ont un million de vues par mois (voire bien plus !). Faire une chaine et avoir des vues ne devrait, selon moi, pas être une source de stress pour ces influenceurs vidéastes.

Bonne nouvelle par contre : j’ai été très surpris car ça m’a moins atteint que ce que je pensais. Et puis (encore meilleure nouvelle) : en regardant votre vidéo et la commentant ils en augmentent la viralité.

#2. La prime ne va pas au meilleur contenu

C’est assez surprenant, mais faire du contenu de bonne qualité n’est pas la chose que vous devez viser. Ce qui compte, c’est de faire du contenu de qualité pour Youtube. Et ça fait toute la différence. 

Youtube se fiche royalement que votre vidéo soit professionnelle, originale, réalisée par de vrais journalistes, bien montée, etc. (ce qu’on pourrait attendre d’un contenu de qualité). Non, Youtube ne regarde que 3 données principales : 

  1. Votre taux de clic sur la miniature
  2. Votre watch-time (c’est du jargon de Youtubeur qui représente le temps moyen qu’une personne regarde votre vidéo)
  3. L’engagement des spectateurs (est-ce qu’ils cliquent sur « J’aime », s’abonnent, commentent, etc.)
Les trois données importantes à surveiller pour devenir youtubeur professionnel : le taux de clic, le watch time, et l'engagement

Et c’est totalement normal quand on y réfléchit. 

Le but de Youtube, c’est que vous restiez le plus longtemps possible sur la plateforme (comme ça, l’utilisateur youtube va se taper un maximum de publicités des annonceurs). 

Ils doivent donc vous recommander sans cesse des vidéos qui (1) vont vous intéresser et (2) vont vous faire rester le plus longtemps possible. Les 3 données citées ci-dessus permettent de mesurer tout ça. 

La prime ne va donc pas à la vidéo la plus créative ou originale. 

Ce principe a également été remarqué par Romain Ansion de la chaîne Un Créatif dans une vidéo que je vous recommande.

#3. Il ne suffit pas de récolter l’argent

Pour devenir Youtubeur professionnel, il faut se déclarer. Et ça ne se fait pas en 2 clics comme certains sites le font croire. 

Vous devez d’abord créer une forme juridique pour votre activité professionnelle. Je vous recommande d’aller sur le site de l’Urssaf et de vous inscrire avec le statut d’auto-entrepreneur (travailleur indépendant) via la création d’une micro-entreprise. On dit que vous êtes micro-entrepreneur. Ça reste la solution la plus simple et la moins coûteuse. Sinon, vous avez l’option SASU mais là ça se passe auprès d’un autre centre de formalité des entreprises et de la CCI.  

Chaque mois, vous allez devoir déclarer les montants perçus (sans dépasser les plafonds de chiffre d’affaires du régime général des auto-entrepreneurs) et faire le paiement des cotisations sociales dessus (environ 20%). Puis le montant restant (après contributions sociales) sera soumis à l’impôt sur le revenu. 

Eh oui, le salaire que vous file votre compte Google Adsense ne va pas directement dans votre poche. Comptez également de payer chaque année votre CFE (Cotisation Foncière des Entreprises, une sorte de taxe d’habitation version pro).

La suite a été pour moi la plus grosse surprise car personne n’en parle

En Europe, les sièges de Google sont en Irlande. Quand on monétise sa chaîne Youtube, on réalise en réalité une prestation de service pour une entreprise irlandaise. On leur loue des espaces pubs sur nos vidéos. En échange, Google envoie de l’argent de l’Irlande vers la France. 

Le fonctionnement de Google en Europe à maîtriser pour devenir youtubeur professionnel

C’est donc à vous, autoentrepreneurs français, de faire votre DES (Déclaration Européenne de Service) mensuelle auprès des services de douanes français. 

Et c’est là que ça devient drôle. 

Pour faire une DES, il vous faut un numéro de TVA intracommunautaire. Or, vous n’avez pas ce numéro si vous êtes autoentrepreneur. C’est donc à vous d’aller faire une demande particulière auprès de votre service des impôts (en supposant que votre compte professionnel du site des impôts est actif, sinon il faut le créer en amont) pour le récupérer. 

Eh oui, la création d’entreprise (et encore plus exercer une activité d’entrepreneur individuel), c’est jouer au détective pour comprendre à qui demander quoi, trouver son numéro de SIRET, sa franchise en base de TVA et gérer sa facturation. Ça m’a pris facilement 2 mois. Les joies de l’administration fiscale. 

Bref, il ne suffit pas de récolter l’argent. Vous devez aussi le déclarer plusieurs fois et payer des cotisations dessus. 

Et si je veux quand même me lancer et devenir Youtubeur professionnel ?

Félicitations. Vous avez l’âme d’un vidéaste-marqueteur-comptable. 

Vous devez maintenant vous débrouiller pour activer la monétisation de vos vidéos sur Youtube et avoir vos revenus publicitaires. Il vous faut : 

  • Avoir vos 1000 premiers abonnés ;
  • Récolter plus de 4000 heures de vues youtube sur les 12 derniers mois ;
  • Ne pas faire l’objet d’avertissement actif ;
  • Créer un compte Adsense pour accéder à la régie publicitaire.

Pour ça, faites des vidéos (casquette vidéaste) qui correspondent aux besoins de votre audience… et surtout de Youtube (casquette marketeur). Vous n’aurez à mettre votre casquette de comptable que plus tard, lorsque vous gagnerez de l’argent et aurez « des problèmes de riches ». 

Utilisez vos forces pour créer une chaîne youtube qui se démarque : gaming, tutoriels, playlist, humoristique, vlog, jeux-vidéos, clash, fitness, vidéo d’explication, buzz internet, youtubeuse beauté… les possibilités sont énormes !

NB : pas besoin de faire partie du programme partenaire de la plateforme Youtube pour faire un placement de produit (aka la « publicité déguisée »). Mais à ce stade vos visionnages risquent d’être faibles et le nombre de vues globales bas, donc un annonceur ne sera pas vraiment intéressé. 

Pour aller plus loin 

Devenir youtubeur professionnel est un sujet énorme et, même si j’ai voulu cet article un peu dur sur le sujet, je ne regrette pas du tout d’en faire partie. Foncez, vous aussi ! C’est une superbe forme d’entrepreneuriat. Vous allez rencontrer des gens incroyables.

Si vous voulez approfondir le sujet (et notamment étudier les manières de monétiser sa présence en ligne), j’ai écrit un méga-article sur le sujet.