Référencement naturel — 27 juin 2016 — 4 commentaires
Etude de cas SEO : Pénalité manuelle pour Softonic

Nous avions, il y a quelque temps, abordé la stratégie SEO de Softonic pour sortir de sa pénalité algorithmique concernant la gestion du contenu. Après de nombreux rappels de la part de Google, Softonic avait finalement décidé en 2015 d’effectuer une redirection des ccTLD allemands et français en sous-domaines du gTLD .com, initialement utilisé pour la langue espagnole. Résultat : tout le positionnement pré pénalité avait été presque totalement retrouvé. C’était sans compter sur la Webspam Team de Google…

Évolution de la situation du positionnement de Softonic

Avant le 11 mars 2015, date de la redirection du ccTLD softonic.de en direction du sous-domaine de.softonic.com, Softonic a subi plusieurs actions algorithmiques relatives à la pauvre qualité du contenu de ses sites et la génération de pages satellites. Le choix de la facilité de la redirection des ccTLD pénalisés en sous-domaine du domaine principal, très modérément affecté à ce moment-là, a fonctionné pendant 1 an, mais se retourne à présent à centuple contre le site. Le peu de mouvements majeurs dans les SERPs et l’absence d’annonces officielles sur les canaux habituellement utilisés par Google laissent présager une pénalité manuelle dont Softonic aura bien plus de mal à se sortir. Déjà forcée de se séparer d’une grande partie de ses effectifs fin 2014 à cause des pratiques internes de téléchargement et des multiples pénalités Google, la société espagnole Softonic se retrouve dans une situation encore plus délicate.

Évolution du domaine principal

graphe-positionnement-seo-espagne-softonicSource : SEMrush

Tandis que le site n’était que peu affecté par les précédentes pénalités algorithmiques, on note à présent une forte dégradation du positionnement du site en .com sur l’Espagne. En quelques semaines entre fin mars et début juin, le site a perdu plus des deux tiers de ses positions dans les 20 premières positions des SERPs, notamment sur les pages /s/ et /telecharger que nous avions ciblées lors du précédent article. Le nombre de mots-clés positionnés n’a jamais été aussi bas depuis 2012 (date du premier crawl du site par SEMrush).

Évolution des sous-domaines

Tous les ccTLD et sous-domaines de softonic.com affrontent à présent une pénalité manuelle globale. La totalité des sites du groupe fait face à des pertes non négligeables et va devoir corriger le tir en revenant sur le processus de création des pages jusqu’ici créées à la volée et toutes ouvertes aux robots.

Pertes respectives du nombre de mots-clés positionnés dans les 20 premières positions sur les différents sites de SoftonicSource : SEMrush

Les différents sites principaux de Softonic ont perdu entre 35 et 71% de leur positionnement dans les deux premières SERPs de Google en moins de deux mois. Selon les pays, la pénalité est apparue entre mars et avril. Le « Positionnement post-pénalité » représente le nombre de mots-clés positionnés en juin.
Au cas par cas, on s’aperçoit que la chute a été brutale pour l’ensemble des domaines.

Graphe de l'évolution du positionnement du sous-domaine fr.softonic.comSource : SEMrush

Softonic a testé sa stratégie SEO de redirection en sous-domaines avec l’Allemagne en mars 2015, puis avec la France en juin 2015. On note sur le graphique que la redirection 301 de softonic.fr en direction de fr.softonic.com (.com dans la légende du graphique) a permis à la société de régler le problème pendant près d’un an.

Graphe de l'évolution du positionnement du sous-domaine de.softonic.com Source : SEMrush

A l’instar du domaine .fr, le .de a été redirigé et a subi les mêmes pertes que son homologue français.

Graphe de l'évolution du positionnement du domaine softonic.itSource : SEMrush

Le domaine italien avait subi des pertes suite aux différentes pénalités de Google, mais était resté relativement peu affecté en 2014 et 2015. Softonic n’a donc jamais procédé à une redirection en sous-domaine du domaine principal. Cette fois-ci, softonic.it va affronter les mêmes problématiques que tous les autres pays. Le ccTLD italien est d’ailleurs le domaine le plus touché en termes de perte de positionnement avec -71% du nombre de mots-clés positionnés.

La cause de la pénalité manuelle de Softonic

Comme nous le soulignons dans le premier article dédié à la réaction de Softonic suite aux différentes pénalités Panda entre 2012 et 2015, c’est la pauvreté du contenu et la génération de pages à la volée qui ont finalement été fatales à la compagnie barcelonaise.

Toutes les pages /s/ sont semblables et diffèrent uniquement au niveau de la liste des logiciels présentés. Les pages /telecharger, elles, sont semblables à plus de 90%. Les différences se situent seulement au niveau des noms des logiciels placés dans les champs importants (title, hn, meta description) et du nuage de mots-clés situé en bas de page (tests effectués sur plusieurs centaines de pages /telecharger à l’aide de l’outil d’analyse du duplicate content de WebRankInfo).

Ces mêmes pages se positionnent sur des mots-clés très concurrentiels alors qu’elles vont à l’exact opposé des guidelines de Google relatives à la qualité du contenu, en particulier en ce qui concerne les pages satellites et l’accumulation de mots-clés. Pour résoudre ce problème, on retrouve habituellement trois cas de figure : blocage du contenu dupliqué via le robots.txt, mise en place de canonicals ou modification/différenciation du contenu d’une page à l’autre.

Source : http://www.webmarketing-com.com/2016/01/28/44970-etude-de-cas-seo-comment-softonic-a-gere-sa-penalite-panda

En janvier 2016, Google indexait 11,6 millions de pages de recherche /s/ et de pages /telecharger. Aujourd’hui, il n’en reste que 2,1 millions et il y a fort à parier que cela continue de s’aggraver. On remarque avec le graphique ci-dessous que ce sont les pages /telecharger qui ont d’abord été dégradées. Ces pages se différencient uniquement par quelques commentaires, les titles et le h1.

Evolution du nombre de pages satellites générées par Softonic et présentes dans l'index de Google

Ce sont donc les pages satellites qui ont été pénalisées, puis désindexées et qui sont à l’origine de la perte de positionnement du site. Le Case Study de Sistrix illustre d’ailleurs très bien le phénomène.

Visibilité SEO de quelques pages de recherche sur le site de Softonic

Ce graphe, généré par l’outil de visibilité de Sistrix, illustre parfaitement la pénalité subie entre le 23 et le 30 mai 2016 par Softonic.

Comment corriger la pénalité manuelle de Softonic ?

La taille du site et le nombre de pages concernées vont rendre la correction de la pénalité manuelle très longue et difficile, due aux « doorway pages » (pages satellites en français). Il n’existe que deux solutions pour Softonic pour contourner ce problème et tenter de récupérer son trafic (qu’il ne recouvrera jamais dans sa totalité) :

  1. Créer un contenu unique à l’aide de milliers de rédacteurs ;
  2. Créer un spin (technique de création automatisée de contenus non dupliqués).

Ces deux techniques semblent les seules capables de remettre le site à flot. L’ancien fleuron du web barcelonais a d’ailleurs commencé à demander les services des rédacteurs de certaines plateformes de rédacteurs. Le brief demande la rédaction de textes entre 500 et 550 mots et donne comme modèle les pages de Microsoft.
Il y a fort à parier que Softonic n’aura pas le budget pour créer un texte de 500 mots pour les millions de pages pénalisés. Si l’on se base sur la perte du nombre de pages entre janvier et juin, cela demanderait des dizaines de millions d’euros de budget. Softonic va donc sans doute devoir déployer un spin d’une grande complexité pour l’ensemble des langues et tente en parallèle de sauver les pages les plus importantes avec du contenu de haute qualité via les plateformes de rédacteurs.

Conclusion

Dos au mur, Softonic n’a plus le choix : créer des pages avec du contenu unique, différencié et clean (le Safe Browing de Google indiquant encore de nombreux problèmes). Avec des millions de pages désindexées dans plus de 10 langues, ce travail énorme va sans doute demander des spins complexes et de nombreux rédacteurs.

Ce qu’il faut retenir de cet article

  • Si vous êtes rédacteur web, il y a du taf ;
  • L’IPO ne va sans doute pas être pour tout de suite ;
  • Il ne faut pas trop se moquer de Google. Si les algorithmes peuvent être floués par une redirection sur un domaine « whitelisté », les Googlers ne laissent rien passer ;
  • Si vous procédez à une stratégie SEO basée sur les pages satellites, faites très attention ;
  • Softonic a décidé il y a de nombreuses années de ne pas entamer de chantier d’amélioration du contenu et en paye aujourd’hui le prix. Le chantier commence quand il est trop tard. Constat : faites les choses lentement, mais bien. Les pénalités c’est pas cool et ça pique ;
  • Il faut faire tout le contraire de Softonic : créez vos pages et indexez-les lorsqu’elles respectent les consignes de Google.

Ce qu’il faut suivre maintenant si ce dossier vous a intéressé :

  • Le nombre de pages indexées ;
  • La construction des pages de recherche et /telecharger pour voir comment Softonic a choisi de réagir;
  • Le positionnement du domaine principal et des sous-domaines concernés listés par Sistrix ;
  • Les profils Twitter de Ferran Gavin Fontanals, SEO Manager de Softonic et de la Content Manager, Caterina Greco (pour l’instant rien à signaler) ;
  • Les communiqués de presse de Softonic.
Conformément à la clause 13.1 des Conditions Générales de Vente de Textbroker, « aucunes informations rendues accessibles par Textboroker ne doivent être divulguées à des tiers […] sans le consentement préalable de Textbroker ». C’est pourquoi une partie de cet article a dû être supprimée.

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L'auteur

Tommy Guyennot

Salut salut ! Je suis consultant SEO depuis 3 ans chez Digitalkeys, agence web parisienne. Je parcours le web et les forums lugubres de référencement naturel à la recherche des tendances et des mécanismes capables de faire avancer votre SEO. Puisqu'on parle de moi, il faut absolument que vous sachiez que j'adore les frites et les risottos aux champignons #truestory #missyoutopsy ! Salut salut :) !

 


4 Commentaires

  1. Merci pour cette étude très parlante.
    J’avais été très sceptique lors de la publication du précédent épisode sur l’efficacité à long terme de ces redirections vers des sous-domaines. Mais je n’aurais pas imaginé que ça tienne aussi longtemps. Tant mieux pour Softonic, ils ont continué à tirer sur la corde un an de plus…
    Et je suis d’accord avec toi, les chantiers rédactionnels auraient dû être lancés il y a bien longtemps. Maintenant ils ne pourront plus rattraper le manque à gagner engendré par les pénalités.

    • Oui, j’étais également surpris que cela fonctionne aussi bien. Le risque était évidemment de porter atteinte au gTLD « whitelisté » ce qui n’a pas manqué. Ils sont allés beaucoup trop vite et se retrouvent au pied du mur. J’ai hâte de voir la suite, c’est un cas passionnant. La sortie de pénalité va être instructive (ou la non sortie d’ailleurs).

  2. Merci pour cet article très pertinent. C’est vrai que Google ne rigole pas avec les algorithmes et je pense que cette pénalisation de Softsonic s’est répercutée sur sa position en tant que leader espagnol dans le domaine du web. Un vrai séisme pour l’Espagne et le secteur de la recommandation de logiciels.

    • Oui, c’est dommage quand on sait que le taux de rentabilité net de Softonic était supérieur à celui de Google.

      L’entreprise avait parfaitement les moyens de revoir sa stratégie éditoriale avant même les pénalités algorithmiques. C’est une stratégie court-termiste et une mauvaise gestion des risques qui coûtent très chers aujourd’hui.

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