Ecriture inclusive et SEO

Parmi les pages web classées dans les 10 premiers résultats Google pour “écriture inclusive et SEO”, seulement 3 recommandent de combiner les deux. Il faut avouer que la rédaction web non sexiste s’avère parfois complexe. Pour la majorité de la profession, les règles de l’écriture non discriminante sont tout simplement incompatibles avec les algorithmes SEO (Search Engine Optimization) de Google. Les difficultés liées au point médian et à l’“encombrement” syntaxique sont-elles vraiment irrémédiables ? Certaines règles d’écriture dégenrée s’appliquent-elles mieux que d’autres à la rédaction web ?

Ecriture inclusive et SEO : un impossible mariage ?

Petite explication préalable pour les personnes qui ne s’y connaissent pas ou peu en référencement naturel. Les autres, vous pouvez directement passer au paragraphe suivant 🙂 

Enjeux expliqués aux néophytes du référencement naturel (SEO) 

Toute la logique qui régit le référencement naturel (SEO ou Search Engine Optimization) sur les principaux moteurs de recherche repose sur les requêtes des internautes. Pour qu’un texte attire du trafic sur son site internet, il faut qu’il apporte des réponses à une “requête” fréquemment recherchée.

Afin que votre article apparaisse dans les premiers résultats affichés par Google, il faut donc qu’il mobilise cette “requête” et ses “mots clés” exacts dans son qu’on appelle le mot clé principal. Il faut aussi que vous les utilisiez d’une certaine façon, à certains endroits et dans certaines proportions. 

En tant que rédactrice web, une de mes missions consiste ainsi à identifier les mots clés les plus “concurrentiels”, c’est-à-dire fréquemment recherchés. Il faut aussi que je puisse écrire à leur propos sans trop souffrir de ladite concurrence. Cela implique de suivre une série de recommandations de rédaction web, qui dépendent notamment des algorithmes de référencement de Google. Une de ses recommandations consiste d’ailleurs à veiller à la lisibilité des textes.

Entre impératif de suivre les “requêtes” à succès et souci de favoriser une lecture fluide, les rédacteurs web, femmes et hommes, éprouvent de grandes difficultés à conjuguer écriture inclusive et SEO. 

Difficulté 1 : le point médian dans les requêtes des internautes 

Beaucoup des articles qui existent déjà sur le thème de l’écriture inclusive et du SEO se concentrent sur le point médian ou “point d’altérité”.

Le fameux : “·” s’utilise par exemple dans : “président·e” ou “acteur·rice”. Il permet de regrouper masculin et féminin au sein d’un même mot. Parfois aussi appelé “point milieu”, il pose généralement problème aux personnes qui veulent rédiger pour le web.

Une raison simple à cela : les internautes ne font pas de recherche Google avec le point d’altérité, ou très peu. J’ai fait le test pour une vingtaine de métiers. Acteur·rice, auteur·rice, agriculteur·rice, ingénieur·e, entraîneur·euse, contrôleur·euse… Aucune de ces requêtes ne génère assez de recherches en ligne pour que les outils de référencement naturel vous conseillent de les utiliser comme mots clés principaux. Même constat, d’ailleurs, pour les néologismes type auteurice, acteurice, directeurice etc…

Comme le conclut Olivier Andrieu dans sa vidéo Abondance sur le thème de l’écriture non sexiste, “Si vous écrivez en écriture inclusive, il y a assez peu de chances que vous soyez trouvé.e avec des requêtes classiques.” 

Ce constat suffit à beaucoup d’expert·e·s SEO pour affirmer qu’il ne faut jamais utiliser le point milieu dans les contenus web optimisés pour le SEO. Parce que la règle se veut simple et intangible : quand l’internaute ne cherche pas comme ça, on n’écrit pas comme ça

Nuances sur la condamnation du point médian dans les mots clés principaux

Le ou la rédactrice web qui se méfie du point d’altérité adopte un point de vue tout à fait compréhensible, dicté par la problématique du “mot clé”. Il existe pourtant des cas de plus en plus récurrents de métatitres qui affichent des points milieux dans leurs mots clés. Ces cas – peut-être encore isolés, il est vrai – représentent des précédents encourageants.

Ecriture inclusive sur les résultats du moteur de recherche Google
Métatitres en écriture inclusive sur Google en mars 2021

L’espoir d’un jour référencer ses textes web sur des mots clés principaux non-genrés reste donc permis. C’est d’autant plus vrai que Le Monde a récemment fixé de nouvelles règles d’écriture inclusive pour tous ses journalistes. Ce journal fait autorité auprès des robots Google. Il reste donc tout à fait possible que ce soit l’usage web qui finisse par imposer les rédactions non discriminantes dans les habitudes SEO. 

Ne pas sous-estimer les capacités sémantiques de Google

Google a déjà fait des efforts qui vont dans le sens de la lutte contre les biais de langage sexistes. Longtemps, son outil de traduction a privilégié le masculin. Cela fait maintenant près de 3 ans que Google rectifie les biais sexistes de son outil de traduction. Signe que ses algorithmes peuvent encore s’adapter aux besoins du langage épicène

Le géant californien a en outre évolué dans sa prise en charge de la langue française. Grâce à la mise à jour Brandy de 2004, ses algorithmes reconnaissent les synonymes depuis plus de quinze ans. La mise à jour RankBrain 2015 lui permet de surcroît d’analyser finement la sémantique de nos textes, en se basant sur le champ lexical pour donner du sens aux mots. 

Si l’utilisation du point d’altérité dans un mot clé principal relève pour le moment de l’engagement sociétal, vous pouvez donc l’employer dans le reste de votre contenu sans nuire au SEO. Les performances de décryptage de Google atteignent un tel niveau que le point milieu ne peut pas contrecarrer sa compréhension d’un mot comme « auteur·ice ». 

Cette pratique reste pourtant loin de se généraliser, et pas seulement par souci des mots clés. 

Faut-il renoncer totalement au point milieu dans l’écriture web optimisée SEO ? 

Les rédacteurs et rédactrices web qui évitent purement et simplement le point d’altérité dans leurs écrits restent nombreux. Pourquoi utiliser le point milieu dans sa stratégie éditoriale reste-t-il compliqué ? 

À l’heure où s’écrit cet article, en 2021, personne ne connaît précisément la lecture que les robots Google font du point milieu. Certains experts affirment que les bots l’interprètent ni plus ni moins comme un tiret. Il n’impacterait donc pas spécialement le référencement naturel. Aucune étude ne le prouve, cependant. 

Les réticences de la profession restent donc compréhensibles. Elles s’expliquent d’ailleurs en partie par les aléas de la rédaction sans référencement, celle des campagnes d’emailing et des newsletters. Les emails avec des liens qui comportent des points milieux sont effectivement mal interprétés par certains CMS, et donnent lieu à des erreurs de redirection. Certains destinataires associent en outre le point milieu à du phishing. Ils évitent donc d’ouvrir les objets en écriture inclusive. 

Outre ces problématiques, le point milieu a aussi la mauvaise réputation de brouiller les repères des personnes en difficulté d’apprentissage. Il peut aussi gêner les logiciels de synthèse vocale dédiés aux individus en situation de handicap.

Reste que l’écriture inclusive ne se limite pas au point médian

Difficulté 2 : l’écriture épicène, un risque d’alourdir l’expérience utilisateur ?

On pense souvent qu’écriture inclusive et SEO s’allient mal parce que la première impliquerait certaines « lourdeurs » textuelles, qui ne favoriseraient pas la lecture. C’est un souci, car le fait de bien référencer un article web passe de plus en plus par la fluidification de l’expérience de l’internaute dans une optique SXO (Search eXperience Optimization). 

Pourquoi les spécialistes web craignent de ralentir la lecture avec l’écriture inclusive ? 

Prenons l’exemple de la “double-flexion”, le fait d’évoquer à la fois le féminin et le masculin pour parler d’un groupe de personnes. J’ai utilisé cette technique dans ce texte, en parlant de “rédacteurs et rédactrices web”. 

Cette formulation vous a paru pesante ? C’est possible, et ce n’est pas un détail. Dans la réalité actuelle de la rédaction web, la double flexion peut paraître difficile à appliquer. Les règles du référencement naturel appellent des phrases courtes, et des paragraphes de quelques phrases selon les spécialistes SEO.

Que disent les études sur la lourdeur des textes rédigés au masculin et au féminin ? 

Selon de nombreux experts, l’argument de la lisibilité et de “l’encombrement du texte” dû à l’écriture inclusive serait cependant infondé. Le Haut Conseil à l’Égalité, notamment, revient sur ce thème dans son guide pour une communication sans stéréotype de sexe. Il affirme que préciser qu’on évoque aussi bien des femmes que des hommes clarifie bien plus le message qu’il ne gêne la lecture.

Un interview paru dans Rue89 sur les 6 arguments pour inclure les femmes dans le langage revient d’ailleurs sur la réputation d’une écriture inclusive trop lourde. Yannick Chevalier est Maître de conférences en grammaire et stylistique française à Lyon 2. Il explique que les études scientifiques sur la lecture de l’écriture non discriminante donnent des résultats très encourageants : 

  • La vitesse de lecture des textes inclusifs ralentit effectivement, mais seulement les cinq premières minutes. Passé ce “temps d’acclimatation« , la lecture reprend son rythme habituel ;
  • Les nouveaux protocoles de rédaction améliorent en outre les performances orthographiques.

En tant que rédacteurs et rédactrices web, qui écrivons pour des centaines de personnes, n’avons-nous pas le devoir d’impulser une écriture plus neutre ? N’avons-nous pas la légitimité nécessaire pour décider d’inclure les femmes dans l’écriture, au risque de fâcher Yoast, parfois ? Les exclure de nos textes, n’est-ce pas finalement écrire pour des robots plus que pour des Humains ?

Quelles astuces existent, dans ce cas, pour promouvoir un langage neutre dans les articles web ?

10 solutions pour une écriture web inclusive orientée SEO

Les règles de la rédaction web imposées par Google ne favorisent pas, pour le moment, les pages, sites et articles de blogs basés sur des mots clés principaux avec point médian. D’autres pistes s’offrent pourtant aux petites mains du web pour optimiser écriture inclusive et SEO en même temps.

Vous pouvez associer ces méthodes, sélectionner les astuces qui vous conviennent dans votre pratique quotidienne. L’écriture non discriminante peut se plier avec souplesse à vos préférences.

Conseil 1 : Favorisez, quand c’est possible, les termes génériques et universels. On parle dans ce cas de “globalisation”. L’exemple le plus connu consiste à parler du “corps enseignant”, au lieu des enseignant·e·s ou des “enseignantes et des enseignants”. Cette astuce consiste donc à se référer au collectif plutôt qu’aux individus : la clientèle, l’équipe, la communauté, la rédaction, la profession.

Ce conseil ne pénalise pas le référencement naturel. Ces formulations ne lèsent pas non les personnes handicapées, dyslexiques ou dysorthographiques.

2 : Si le principe vous convient, préférez le point milieu “·” aux barres de fraction “/”, aux tirets “-” et parenthèses. Ces typographies gênent davantage la lecture, en plus de ne pas toujours avoir une connotation positive.

Le point d’altérité a l’avantage d’être peu visible et de ne pas se confondre avec le point traditionnel. Il s’adapte mieux aux logiciels pour personnes malvoyantes. 

3 : Préférez les mots neutres épicènes, quand ils existent. Exemple : l’artiste, l’universitaire, les internautes, les spécialistes du web. Tant que faire se peut, construisez des phrases épicènes : “Travaillez-vous dans la rédaction web ?”, plutôt que : “Êtes-vous rédacteur web ou rédactrice web ? ».

4 : Doublez l’article au singulier quand ça a du sens. Dire ainsi “le ou la rédactrice web”, ou “la ou le rédacteur web”. 

5 : Comme l’explique Françoise Vouillot, Présidente de la commission « lutte contre les stéréotypes » dans une courte vidéo sur la communication non sexiste, l’Histoire a nui à certaines règles grammaticales au profit de l’usage du masculin. La langue française autorise pourtant d’autres règles que celles du “masculin qui l’emporte sur le féminin” : 

  • Avec l’accord majoritaire, vous accordez selon le genre le plus représenté dans le groupe dont vous parlez. Exemple : “Mille écrivaines et un écrivain talentueuses » ;
  • Avec l’accord de proximité, vous accordez avec le mot le plus proche. Exemple : “des auteurs et des autrices douées.”

6 : Dans le cas d’une énumération, privilégiez l’ordre alphabétique à l’ordre traditionnel. Exemple : “l’égalité femmes-hommes”, “les auteurs et les autrices”. 

7 : Parlez des “femmes” plutôt que “de la Femme”.

8 : Si vos missions incluent une recherche d’illustrations, privilégiez celles qui favorisent une diversité des rôles et ne renferment pas les genres dans les stéréotypes. 

9e et avant dernier conseil : Tenez le coup. Nous n’avons pas encore toujours le “réflexe” inclusif dans nos rédactions. Je dois d’ailleurs souvent me corriger à la relecture, parce que je n’ai pas automatisé toutes les règles. L’effort mental fait parfois perdre du temps. 

Comme le prouvent les études évoquées ci-dessus, tout indique cependant que ce temps d’adaptation ne dure pas. Si nous avons été capables d’assimiler le plus-que-parfait, pas de raisons que l’écriture non sexiste nous résiste !

Conseil 10 : autorisez-vous à écrire de façon inclusive

Sentez-vous légitimes. L’interview de Yannick Chevalier l’explique très bien. En France, le statu quo langagier trouve son origine dans le fait que nous sommes peu à nous autoriser à modifier la langue. Cette démarche nous paraît risquée, d’autant plus pour nous, rédacteurs et rédactrices web. 

Nous nous exposons à une sanction sociale et commerciale. Nos clients pourraient y voir une faute, un écart déplacé, si ce n’est une ambition “ridicule”. Cette “insécurité linguistique” peut vite devenir insupportable pour une personne dont le métier consiste à bien écrire. 

Nous faisons pourtant partie des corps de métiers qui ont le souci du langage juste. Vous êtes donc tout à fait dans votre droit. La langue vit et évolue. En participant à son amélioration, vous évitez qu’elle ne se momifie autour d’usages nuisibles. Vous favorisez une langue qui représente la mixité réelle de la société. 

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