Social Media - Anatomie du phénomène des fake news - 28 janvier 2019

Anatomie du phénomène des fake news

Jérôme Perrin Fondateur de J4JAY Studio Web

WhatsApp a récemment décidé de limiter le transfert d’un message à cinq destinataires pour endiguer le problème des fake news. Suite à des agressions, des lynchages et des meurtres orchestrés dans certains pays par des gens criminels qui utilisaient la simple fonction transfert de message pour diffuser de mauvaises informations dans le seul but d’arriver à leur fin, l’application a décidé, mieux vaut tard que jamais, de prendre le taureau par les cornes…

Facebook (qui est le propriétaire de WhatsApp), Twitter et consorts s’escriment également à affirmer régulièrement qu’ils luttent contre la propagation des fake news.

Mais pourquoi, malgré toutes les bonnes résolutions affichées par ces sociétés, le phénomène des fake news ne cesse de se développer ?

La raison principale est que les fake news sont justement l’un des carburateurs qui ont aidé ces compagnies à se développer massivement.

Ils en vivent, bien évidemment.

Selon une étude réalisée par 3 chercheurs du MIT :

  • Alors que la vérité est rarement diffusée à plus de 1 000 personnes, le top 1% des cascades de fausses nouvelles touche généralement entre 1 000 et 100 000 personnes ;
  • Les fausses nouvelles auraient 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que les véritables informations, et par un beaucoup plus grand nombre d’utilisateurs uniques ;
  • Il faut à la vérité à peu près six fois plus longtemps que la fausseté pour toucher 1 500 personnes ;
  • Le problème vient principalement de Monsieur et Madame tout le monde.

Source : Sur Twitter, les fake news se propagent beaucoup plus vite que la vérité, L’OBS

Les fake news reposent en réalité sur des principes anthropologiques bien connus :

Les gens contents relaieront en moyenne leur contentement à 3 personnes tandis que les mécontents relaieront leur mécontentement à 11 personnes.

  • Ce n’est pas la véracité d’une information qui fait qu’une information se diffuse en masse, mais sa présence : une mauvaise information parvient ainsi à se diffuser en masse, car elle fait mouche dans un environnement sociétal donné à un instant i – ce qui est tout à fait différent.
  • Les fake news agissent sur des ressorts tels que la haine, la jalousie et le ressentiment, qui sont les carburateurs animant la vie cérébrale de très nombreux quidams (prenez simplement le temps de lire les commentaires laissés par des internautes dans les articles publiés en ligne, qui en plus sont généralement filtrés pour que les plus virulents ne soient pas publiés) : ils rassurent leur vie intérieure en se repaissant de telles informations erronées.
  • Les criminels, les gens malveillants, les gens de nature médiocre et les salauds utilisent principalement, et qui plus est de concert, le principe des fake news pour arriver à leur fin. C’est leur principal modus operandi dans la mesure où ils ne sont pas vraiment armés intellectuellement pour faire face à plus fort qu’eux. Leur registre n’est pas vraiment celui de la smart power, mais plutôt celui de la fake news power.

Les fake news ne sont donc pas un phénomène nouveau. Il y a toujours eu des fake news. Ce qui est nouveau, c’est la quantité avec laquelle elles se démultiplient, comme de petits pains, ainsi que la rapidité avec laquelle elles se diffusent, notamment via les nouvelles technologies numériques et des médias pléthoriques : les ordinateurs, les smartphones, les applications, les sites web, les blogs, les SMS, les journaux, les magazines, les chaînes d’information en continu, etc. C’est également la facilité avec laquelle il est désormais possible de les concevoir, les fabriquer, les relayer très rapidement et les diffuser en masse.