Entreprendre - Faut-il en baver pour réussir ? - 13 février 2017

Faut-il en baver pour réussir ?

Il y a des idées qu’on attrape à la naissance. Elles sont dans l’air qu’on respire… comme la pollution, vous voyez… en suspension sous nos narines. Juste sous notre nez. Et nous, créatures innocentes, on avale ça comme on respire. Dès notre 1er jour. On baigne dedans. C’est culturel, comme on dit…


«Il faut travailler dur pour réussir.»

Vous l’avez entendue combien de fois celle-là ?
Avec ses variantes.

Job&Co'm

« Si tu travailles bien à l’école, alors tu auras un beau travail »

Faire des efforts, lutter, être volontaire… pour finalement recueillir le succès !
C’est beau. C’est moral. C’est christique. Un peu cultuel sur les bords.

« Ainsi donc, papa, maman, la réussite est la récompense de l’effort ? « 
« Oui ma fille ! « 

«Le secret de la réussite, c’est le travail.»

Travailler d’abord, être heureux ensuite.

Et le travail c’est la souffrance… ben oui, c’est marqué dessus !
Puisque la racine latine de Travail, c’est Trépalium, l’instrument de torture !

On ne nous prendrait pas un peu pour des truffes depuis des siècles ?
C’est tellement manifestement faux ! Il suffit de regarder autour de soi.

Non, travailler dur ne garantit pas le succès.
Non, le mérite n’est pas un passeport pour la réussite.
Non, les plus compétents et les plus travailleurs ne sont pas forcément les mieux lotis.

Ça nous choque. Ça nous révolte.
On voudrait tellement que la vie soit juste ! Et simple … logique …
On voudrait tellement que la réussite soit méritée.
Qu’elle soit le fruit du travail.

Alors cette idée flotte encore dans l’air.

Parce qu’elle est belle.
Parce qu’on en a l’habitude.
C’est qu’elle a au moins 2 000 ans cette croyance …

Mais avec l’effacement des religions, l’ambiance a changé !
Le vent a tourné.
Radicalement.

Moins de vent froid du Nord.
Plus de vent chaud du Sud.

Moins de morale.
Plus de plaisir.

Ras-le-bol de la souffrance et du devoir !
Place à la jouissance !

« Le secret de la réussite, c’est le plaisir ! »

Désormais, il est courant de dire à un enfant :
«Fais ce que tu aimes ! Comme ça que tu seras motivé et tu vas réussir.»

Et à l’adulte en reconversion, on susurre :
«Transformez vos passions et vos loisirs en métier. Comme ça vous ne vous ennuierez jamais !»

Idée simple.
Idée tellement agréable. Tellement idyllique.

Mais idée fausse ! Totalement fausse !

La passion autour d’un sujet n’est pas une garantie de succès !

Deux raisons à cela:

1 ) Il y a un monde entre pratiquer un loisir et exercer un métier.

Le sens de l’action est complètement différent !
• Le loisir est une pratique qui n’a d’autre finalité qu’elle même.
Les seules contraintes du loisir sont celles qu’on se donne librement.
• Le métier est une pratique qui doit être reproductible et donner un résultat concret, économiquement viable, monnayable, régulier. Il doit respecter des réglementations.
Il a donc des contraintes incontournables qui s’imposent à nous.

2) aucun métier n’est «chimiquement pur».

On peut adorer fabriquer des sabots.
Encore faut-il organiser un atelier, négocier la matière première, trouver des clients, gérer la compta, accepter l’incertitude du commerce, aimer le contact avec la clientèle, vouloir l’acte de vente, gérer le marketing … (Faire dialoguer «les sous-personnalités de l’entrepreneur»)
Nos penchants, nos goûts se frottent à nos besoins à nos peurs.
Ils se heurtent à nos forces et à nos faiblesses.

Bref, on passe de la simplicité du plaisir à la complexité de la réalité.

Mais, si ni le travail, ni le plaisir ne garantissent le succès….
alors c’est quoi le secret de la réussite ?

Le secret de la réussite, c’est qu’il n’y a pas de secret.

Il n’y a pas de secret… mais il y a une recette.
Et une recette, c’est un mélange d’ingrédients.

Le travail et le plaisir en font partie.

« L’avenir c’est du présent à mettre en ordre » St Exupéry

Voici les ingrédients de la réussite, à utiliser dans l’ordre de la recette :

1) D’abord, une bonne connaissance de soi: le « MOI »
Qui êtes-vous, quelles sont vos forces ?
Quelles sont vos valeurs ?
Comment gérez-vous vos priorités dans vos domaines de vie ?
Quels sont vos besoins ?
Où est votre force de vie, votre plaisir ?
Comment se manifeste votre puissance d’exister ?

2) Ensuite, une idée claire de l’endroit où vous voulez aller: le «OU»
Quelle est votre définition de la réussite ?
Que visez-vous ?
Quels sont vos objectifs ?
Où voulez-vous aller ?
Que voulez-vous éviter ?
Que voulez-vous obtenir ?
Que voulez-vous ressentir ?
Que voulez-vous faire ?
Que voulez-vous avoir ?

3) Poser ça sur une base : votre motivation : le «POURQUOI ?»
Dans quel but ?
Pour obtenir quoi ?
Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?
Qu’est-ce que cela changera dans votre vie ?
À quel point c’est important pour vous ?

« Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche. » Michel Audiard

4 ) Prévoir l’itinéraire, construire un plan de vol : le «COMMENT»
Quelles sont les principales étapes à baliser ?
Quelles sont vos capacités à vous mettre en action vers ses étapes ?
Que savez-vous faire ?
Que devez-vous apprendre ?
De quel soutien avez-vous besoin ?
Que ferez-vous en cas de baisse de régime ?
Comment allez-vous alimenter votre motivation ?
Quels moyens habiles avez-vous pour surmonter les obstacles ?

Et surtout :

QUEL SERA, TOUT À L’HEURE, VOTRE PREMIER PAS ?

Sans 1er pas, aucun succès n’est envisageable.

Pour le dire plus élégamment que Michel Audiard :

Un être ordinaire en action ira toujours plus loin qu’un génie qui procrastine.