Avenir du Digital - La transformation numérique des collectivités locales : acte I, scène 1 - 31 octobre 2016

La transformation numérique des collectivités locales : acte I, scène 1

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Gagner en performance et en attractivité, tirer parti des nouvelles technologies, rester compétitif et mettre l’humain au centre, etc. : comment le secteur public pourrait-il rester insensible aux sirènes de la révolution digitale ? Pourquoi l’intelligence collective ne serait-elle pas une affaire de collectivité locale ?

 

 

 

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En pratique, pour de nombreuses collectivités locales, le « rêve de transformation numérique » devient pourtant un cauchemar : par quel bout commencer lorsque la « mairie n’est même pas sur Internet », que le site Internet a 10 ans, ou que la collectivité consacre encore tous ses efforts – et surtout ses budgets – sur le print ou les petits fours ?

Comment prôner l’innovation, l’intelligence collective, l’agilité et la transversalité, lorsque l’organisation tourne, depuis toujours, sur le même modèle pyramidal, en silos ? Comment engager les nouvelles dépenses nécessaires à cette transformation ou le recrutement d’un CDO (Chief digital officier), quand tout n’est que restriction budgétaire ? Pourquoi un élu prendrait-il le risque d’engager un tel chantier, sachant que ses conséquences sont d’abord une perte de productivité, avant d’éventuels résultats, dont profiterait surtout le mandat suivant ?

Dans les collectivités locales, plus que dans le privé, les freins sont nombreux. Mais c’est d’abord « un modèle qui met par terre les organigrammes, renverse la hiérarchie », comme le dit Fabrice Jobard, directeur communication du conseil départemental de l’Yonne. Des freins qui peuvent venir des élus, comme du top management, comme des agents voire des syndicats : car tout le monde veut « le changement », sauf lorsqu’il faut commencer par changer soi-même et revoir ses habitudes de travail. Or, toute transformation numérique commence par le plus petit dénominateur commun : moi.

Et pourtant, à l’heure où l’Etat a engagé son grand chantier de transformation numérique à son échelle de mastodonte, où il pousse la dématérialisation jusqu’à rendre la télé-déclaration d’impôts en ligne obligatoire, et où toutes les grandes entreprises mondiales investissent dans la transformation numérique à tout va, les territoires peuvent-ils rester encore longtemps les grands absents de cette transformation ? Une transformation, qui est d’abord sociétale, culturelle, managériale, avant d’être « numérique »…

Toutes les collectivités sont loin d’être toutes à la traîne et certaines sont même des « modèles de transformation digitale pour les entreprises ». (Enquête Markyness International / L’Usine Digitale, 2015). Des villes comme Paris et Mulhouse ont ainsi déjà nommé leur Chief Data Officer, et d’autres comme Saint-Germain-en-Laye ou Pantin, font office d’éclaireurs. Rennes a commencé par « digitaliser » sa communication et s’organise en « news room ».

Oui, ces pionniers existent mais peuvent se compter sur les doigts de la main, face à des dizaines de milliers d’autres, pour qui les mots « open » ou « big data » restent encore du Chinois.  L’Open data ? « Une compétence obligatoire mais pas contraignante, m’a confié récemment un décideur en collectivité, donc on s’en fiche un peu… » ! à l’instar de la loi de 2005 rendant obligatoire l’accessibilité des sites Internet ? En effet, selon une étude BrailleNet, début 2014, seuls 4% des sites Internet de l’administration affichaient une déclaration de conformité… Parce que les handicapés, « on s’en fiche un peu ? »

Ne brossons pas un tableau tout noir non plus : je constate au quotidien que la réflexion stratégique est majoritairement engagée ou en train de s’engager, au sein des services COM, DSI et aussi DGS. Elle a d’ailleurs parfois encore plus de force, lorsqu’elle est portée par une DG qu’un CDO. Une récente enquête confirme que 27% des décideurs en collectivité locale estiment que leur DSI a déjà évolué pour répondre aux enjeux du numérique et que 62% d’entre eux « se préparent à cette évolution » (Observatoire des Compétences Numériques des Collectivités Locales, Markess, 2016). Une métamorphose qui,  forcément, sera plus longue qu’ailleurs. Pour 90% des interrogés, elle passe essentiellement par la polyvalence, l’ubiquité, une approche orientée utilisateur et métier, de nouvelles coopérations externes, et un recentrage les compétences techniques premières comme la sécurité. On parle désormais de « stratégie numérique », « stratégie digitale » ou « stratégie des systèmes d’information »… Et réjouissons-nous, ce n’est plus un gros mot !

J’aurais aimé conclure, que la transformation digitale du secteur public est « un grand chantier qui n’en est qu’à ses débuts », mais ça, je l’avais déjà écrit il y a cinq ans ! Pourvu seulement qu’on n’ait pas à le redire en 2021 et que le secteur public ait réellement construit, d’ici là, ses fondations…

A propos de l’auteur : Franck Confino

franck confinoAncien directeur d’agence, Franck Confino est aujourd’hui consultant numérique indépendant, spécialiste du secteur public, formateur, auteur, et conférencier.

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