Avenir du Digital - Living Lab, Blockchain… Le futur sera-t-il basé sur la co-création ? Interview - 26 octobre 2016

Living Lab, Blockchain… Le futur sera-t-il basé sur la co-création ? Interview

Sylvain Lembert Fondateur Webmarketing & co'm

Connaissez-vous les concepts de living labs et de blockchain ? Ces initiatives mettent en place de nouvelles expériences de co-créations qui pourraient bien déboucher sur les bases de notre futur. Interview d’Eric Seulliet, président de la Fabrique du futur…

 

 

 

 

2006-2016 : 10 ans de génération digital

A l’occasion de nos 10 ans, retrouvez une vidéo sur les évolutions du digital ces 10 dernières années.

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Bonjour Eric, vous êtes président de La Fabrique du futur, pouvez-vous nous présenter rapidement votre parcours ?

eric seuilletBonjour Sylvain,

J’ai un parcours un peu atypique pour un HEC : juste après être diplômé de cette école j’ai éprouvé le besoin d’élargir mes horizons. C’est ainsi que j’ai fait un DEA à l’Institut d’Urbanisme de Paris tout en fréquentant les universités de Vincennes et de Dauphine. J’avais – sans en avoir réellement pris conscience – une tournure d’esprit axée sur les approches globales, holistiques et la transdisciplinarité. C’est ainsi qu’après avoir occupé des postes de Direction dans diverses entreprises, je me suis orienté vers la prospective et l’innovation en créant voici 10 ans (c’est aussi notre anniversaire !) le think tank « La Fabrique du Futur », avec une orientation innovation de rupture via des démarches d’open innovation, de co-création, de collaboration. Depuis que La Fabrique du Futur est devenue officiellement un living lab accrédité par ENoLL, le réseau européen des Living Labs, je m’implique dans ce mouvement tant au niveau français (en tant que co-fondateur et Vice-Président de France Living Labs), qu’au niveau de Francophonie Living Labs (la nouvelle association qui réunit les living labs francophones).

Le living lab désigne le fait de regrouper des citoyens, consommateurs ou encore usagers pour les inviter à imaginer le futur et développer de nouveaux dispositifs / produits / services ? Pouvez-vous nous expliquer ce concept et nous donner un exemple concret où le living lab a été mis en œuvre ? Quelles ont été les résultats ?

Ce concept de living lab, comme son nom le laisse entendre, prend appui sur la vraie vie des gens. Il part du principe que pour innover plutôt que de se baser uniquement sur la technologie, il faut avant tout prendre en compte les besoins réels des individus, les problèmes auxquels ils font face dans leur vie quotidienne, les nouveaux usages qu’ils inventent tous les jours.  Concrètement on pourrait définir un living lab à la fois :

  • comme un écosystème d’innovation qui associe des partenaires divers : instituts de recherches, entreprises, collectivités territoriales, institutions, sans oublier au cœur de ce dispositif les représentants des usagers (principe de « user led innovation ») ;
  • des méthodes et outils d’innovation et de co-création privilégiant les approches centrées sur les individus (par le biais des sciences humaines et du design thinking notamment) et mettant en œuvre des cycles itératifs courts visant à prototyper et expérimenter rapidement des concepts en vue d’une mise sur le marché rapide ;
  • des lieux adaptés permettant le plus possible d’immerger les usagers dans des environnements de vie familiers, en rapport avec le domaine d’innovation concerné.

Comme exemple concret je peux citer la Maison Numérique en Normandie

Au moment du buzz autour des bitcoins, nous avons commencé à entendre parler de blockchain, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est ce concept et comment est-il relié à celui de Living Lab ?

La blockchain est, en effet, initialement liée aux bitcoins. C’est une technologie de base de données informatique décentralisée qui permet de tracer et de sécuriser les transactions. Elle présente aussi l’avantage de supprimer les intermédiaires dans la mesure où les transactions se font de pair à pair.

Mais les transactions s’opérant partout, et pas seulement dans les échanges monétaires, on a rapidement pris la mesure du potentiel de la blockchain dans de nombreux domaines : assurances, musique, divertissement, etc.

Il en va de même pour ce qui concerne les living labs (auxquels j’associe aussi les fablabs qui en sont complémentaires) : les contributions des usagers co-créateurs peuvent s’assimiler à des transactions en matière de créativité et d’innovation. Dès lors, la technologie blockchain pourrait s’appliquer. Cela permettrait de reconnaitre les vrais apports de chacun, de leur apporter la reconnaissance qu’ils méritent et de favoriser ainsi la motivation à innover.

Co-création, Living Labs, Blockchain… Pour le moment ces techniques restent encore peu répandues, pensez-vous qu’elles vont se démocratiser dans quelques années ? Comment les entreprises peuvent-elles en tirer parti dès maintenant ?

Pour moi, ce ne sont pas tant des techniques que des approches globales : celles-ci font certes appel à la technologie mais surtout elles remettent l’individu au centre du jeu. Elles ont donc forcément vocation à se démocratiser. Face à ces évolutions inéluctables les entreprises vont inéluctablement perdre du pouvoir au profit des consommateurs mais cela peut, en même temps, constituer une grande opportunité pour elles. Les entreprises qui commencent à établir des relations de coopération et de confiance avec leurs clients – et plus largement avec la société – en tirent déjà des bénéfices concrets en termes de fidélisation, d’image, de capacité à innover.

Si on se projette dans 10 ans, comment évolueront ces technologies et comment les entreprises et la société les intégreront-elles ?

Je distinguerai deux choses :

  • d’une part, en effet, des avancées technologiques qui devraient rendre plus performants les divers dispositifs d’open innovation. En ce qui concerne les living labs et fablabs, on peut par exemple s’attendre à des développements autour de la 3D, de la réalité augmentée, voire des hologrammes qui permettraient l’apparition de fablabs / living labs virtuels, dans le cloud. S’agissant de la blockchain, on peut penser que certains problèmes techniques actuels seront résolus : vitesse d’exécution trop lente, empreinte énergétique pénalisante, ergonomie des interfaces, etc.
  • parallèlement il y aura à mon sens surtout des défis sociétaux qui seront relevés : ce sont ceux liés à l’adoption et à la généralisation de ces approches d’open innovation qui exigent notamment que les entreprises développent des relations nouvelles avec les clients basées sur davantage d’éthique, de collaboration et d’intelligence collective.

Le grand risque pour les entreprises est de se faire « disrupter ». Déjà la blockchain en permettant les relations de pair à pair permet aux individus de contourner les entreprises en se réappropriant la valeur ajoutée résultant des transactions.  Au-delà des Fintechs, secteur par lequel la blockchain est apparue et s’est développée, de nombreux domaines sont concernés : industrie, services, administrations, culture, loisirs, éducation, justice, etc.

Pouvez-vous nous parler du forum blockchain qui se déroulera le 8 décembre prochain ?

Il s’agit d’un Forum international qui aura lieu à Paris, à la CCI de la Porte de Champerret prenant l’angle de l’open innovation et de la co-création co-organisé avec Ledgys, un acteur français de la blockchain. Ce Forum a notamment pour ambition de montrer qu’une conférence sur la blockchain ne doit pas se cantonner à des discussions entre « geeks » mais qu’au contraire elle concerne tout un chacun. Il est temps de sortir la blockchain de son champ des fintechs et bitcoins pour montrer qu’elle a des champs d’application dans tous les domaines économiques et sociétaux. Ce Forum aura un format polymorphe : conférences en plénières, tables rondes, ateliers, pitches par des startups, business speed meetings, networking.

Plus d’informations et inscriptions : blockchainforum.fr

Pour finir, et vous, dans 10 ans, où vous voyez vous ?

Il y a encore beaucoup à faire pour démocratiser et développer ces concepts d’innovation, de co-création et d’intelligence collective ainsi que les technologies qui vont les soutenir.  Aujourd’hui quasiment tous les grands groupes s’y intéressent mais n’ont pas forcément encore engagé d’actions concrètes. Il y a donc des chantiers à mener auprès d’eux pour les accompagner dans ces démarches.   il y a encore de très nombreux domaines à investir : les PME, les collectivités territoriales, les administrations, etc. Donc, je compte continuer dans cette voie et je vous donne rendez-vous pour l’anniversaire de nos 20 ans, pour en parler à nouveau !

A propos d’Eric Seulliet

Eric Seulliet, diplômé de HEC et de l’Institut d’Urbanisme de Paris, est Président-fondateur de La Fabrique du Futur dont la vocation est d’être un think tank réconciliant technologie et développement durable et un laboratoire de détection des usages émergents. Dans le cadre de ce think tank, Eric Seulliet  a créé un living lab qui a été labellisé fin 2008 par le réseau ENoLL (European Network of Living Labs).

Parallèlement, en tant qu’expert des démarches d’open innovation et de co-création, avec un focus sur la prospective et les innovations de rupture, Eric Seulliet aide entreprises et porteurs de projets à faire émerger des projets d’innovation et à les faire décoller.

Vous pouvez le retrouver sur Linkedin et Twitter.