Avenir du Digital - Les robots intelligents : devrions-nous en avoir peur ? - 24 octobre 2016

Les robots intelligents : devrions-nous en avoir peur ?

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Alors que la 4ème révolution industrielle arrive à grand pas, je vous propose de réfléchir un instant sur les conséquences économiques, sociales et culturelles de l’avènement des robots, qui dans les 10 prochaines années, vont devenir aussi banals que les téléphones portables, mais peut-être bien plus dangereux…

 

 

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Alors attention, exit le sensationnalisme, on ne va pas se refaire le film de James Cameron ou des méchants robots cyborgs ont pris le contrôle et tuent de l’humain. En revanche, je souhaite vous livrer une réalité de faite sur l’impact de la robotique sur notre société actuelle, et ce que pourraient être ses conséquences. Chacune des trois précédentes révolutions industrielles a profondément bouleversé notre manière de vivre : la vapeur, la production de masse, l’électronique. La révolution robotique va être encore plus bouleversante et brutale. Et ça va aller très vite.

Et elle a déjà commencé ! Mais la plupart ne s’en rendent pas encore compte. Un exemple qui me vient en tête, c’est la photo d’un conducteur de taxi qui estampille sur ses portières une publicité pour…Uber ! Ironique non ?

publicite uber taxi

La célèbre start-up californienne qui doit son succès à l’optimisation du transport de personnes qui a remplacé des chauffeurs professionnels par des messieurs tout-le-monde…et qui prévoit dans les 2 à 3 prochaines années de les remplacer par des algorithmes pour conduire des voitures autonomes, grâce à une technologie développée par la société OTTO, société californienne elle aussi. De la science-fiction ? Non, la technologie est déjà disponible : Uber a mis le mois dernier en circulation 100 taxis autonomes à Pittsburgh (USA). Le transport de passagers ou de marchandises va être bouleversé très rapidement : la voiture d’abord mais aussi le camion. Le bateau… Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? Et bien non ! Et c’est tant mieux ! Enfin pour les compagnies aériennes et leurs actionnaires, mais les pilotes, eux, ils vont dire quoi ? Et bien la plupart négocieront un plan de départ volontaire, les autres tacheront de se reconvertir…ailleurs. Dans 10 ans, c’est plus des trois quarts du personnel travaillant dans les transports qui perdront leur emploi. Pas moins. Au niveau mondial, au moins 70 millions de personnes travaillent dans le domaine du transport, faites le calcul…

Mais le secteur du transport ne sera pas le seul impacté, c’est toute l’économie qui va être bouleversée. Au fil du temps et des innovations technologiques, l’homme a accepté le fait que la machine puisse le remplacer pour des taches manuelles : du tracteur dans les champs de maïs, remplaçant les agriculteurs, au robot FANUC remplaçant les ouvriers sur les chaines de production.

Aujourd’hui, le progrès technologique permet à la machine d’être tout aussi optimale dans le secteur des services, parce que la machine peut désormais penser. Déjà, des algorithmes permettent de réaliser de complexes opérations bancaires ou bien d’effectuer la plupart des taches d’assistants notariaux. Alors que l’on commence tout juste à voir certaines enseignes de la grande distribution tester de très joviaux robots humanoïdes interagissant avec les clients, l’enjeu est très clairement de les utiliser en tant qu’agent d’accueil et de vendeurs : des robots qui ont toujours le sourire, toujours disponible, des cadors de la vente qui répondront instantanément à toutes vos questions tout en vous offrant une petite danse au passage. Aussi devrions-nous saluer la prouesse technique du robot Da Vinci qui assiste désormais les chirurgiens dans leur travail.

Imaginez-vous dans 10 ans : nous sommes un samedi matin de novembre 2026, et vous démarrez votre journée. Vous sortez de chez vous et vous apercevez dans votre rue un robot à roues venant vous livrer votre courrier : Chouette ! votre dernière commande est déjà arrivée…

 

robot courrier

Vous appelez un taxi depuis votre application sur votre smartphone et en 5 minutes, un véhicule sans conducteur vient vous chercher pour vous amener au centre commercial du coin. Arrivé dans le dernier magasin de prêt-à-porter à la mode, vous cherchez un cadeau pour votre amie mais vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’il pourrait lui faire plaisir. Pas de problème ! Un robot humanoïde vous a aperçu et viens vous demandez si vous avez besoin d’aide. En 5 minutes, en fonction des informations que vous lui avez donné sur l’âge, le style et la corpulence de votre amie, il vous a convaincu que c’était ce blazer qui lui ira à ravir. Avant de rentrer chez vous, vous déambulez dans la galerie marchande et vous vous arrêtez devant cette nouvelle boutique qui vous propose des smoothies préparé par un robot bartender génial : vous lui donnez 3 ingrédients et il vous surprend à chaque fois avec une nouvelle boisson à votre gout ! (Et il finit toujours sa prestation en chantant). Attention à votre tête ! Vous venez de sortir de la rue et un drone de surveillance de la ville vient de passer au-dessus de vous. C’est tellement rassurant de se sentir en sécurité ! Bref, il est temps de rentrer chez vous. Au fait, vous n’avez pas interagit physiquement avec un humain de la journée, mais vous ne vous en êtes pas rendu compte, c’est devenu normal.

Les grands groupes multinationaux connaissent les enjeux, et il est purement économique : une amélioration de 30% de la productivité dans certains secteurs, et une économie de près de 90% des couts salariaux. Aucun doute que la ruée vers la robotique a déjà commencé : les budgets Innovation explosent et des sociétés d’intelligence artificielle se font racheter à prix d’or. ($510 millions pour Deepmind, la société anglaise spécialisée dans le Machine Learning rachetées par GOOGLE).

Quant aux grands groupes industriels, prenez l’exemple de Chamgying Precision Technology, fabricant chinois de composants pour téléphones portables. Le remplacement d’un ouvrier par un robot a permis de tripler la production en 1 an. Et ce n’est pas tout ! Il a également permis de diviser le taux de rebut par 5 ! Avec de tels chiffres, aucune hésitation : l’industriel a tout simplement remplacer 90% de ces effectifs par des robots : ils employaient 600 personnes, ils ne sont maintenant plus que 60. Aucun doute, les machines intelligentes vont augmenter la productivité des entreprises, mais exacerbé les inégalités sociales : les plus vulnérables étant d’abord les personnes effectuant des emplois manuels et de services.

Le plus gros enjeu pour nos sociétés actuelles et nos politiques : comment gérer un taux de chômage qui va…exploser !  Des pertes d’emploi de plus de 20% dans les 10 prochaines années, jusqu’à 40% dans 20 ans… se concentrant sur les bas revenus.

Comment allons-nous gérer cette transition douloureuse ou des millions de personnes vont se retrouver sans emploi ? Déjà des pistes sont évoquées comme considérer les robots comme des travailleurs et les faire cotiser et payer des impôts… pour en parti financer le cout du chômage : mettre sous perfusion les chômeurs long-terme et financer la reconversion des autres…. Est-ce bien suffisant ?

En fait, alors que la plupart d’entre nous craignent cette nouvelle ère, elle représente une formidable opportunité de repenser notre modèle économique et sociale vers plus d’égalité et de liberté, en changeant par exemple notre relation au travail : Demain, nous ne travaillerons plus par nécessité pour financer l’achat de nos biens, mais par plaisir, par choix. D’ailleurs, l’idée d’un revenu universel pour tous commence à faire son chemin au Canada, aux Pays-Bas ou en Finlande. Mais bien plus que des questions purement économiques et politiques, l’autre inconnue est la manière dont les hommes vont redéfinir leur rôle dans une société où tout est automatisé : A quoi passeront-nous notre temps quand des machines travailleront pour nous, quand nous seront devenus des super consommateurs ?

La plupart d’entre nous crie à la catastrophe : dans 50 ans, 95% des emplois seront automatisés, qu’allons-nous faire ? Qu’allons-nous devenir ? Comment allons-nous vivre ? Différemment. A long terme, mieux sans aucun doute. Ne plus devoir travailler pour vivre pourra nous donner plus de temps pour nous épanouir dans d’autres domaines comme la culture, les voyages, le divertissement… Changez nos priorités pour nous donner une autre manière d’exister, de donner un autre sens à notre vie.

Le progrès technologique est incontournable car il améliore sur le long-terme nos conditions de vie, mais il est de notre ressort d’anticiper les turbulences qu’engendrera cette mutation pour que cette cohabitation entre l’homme et le robot s’effectue le mieux possible sur le court terme. Il est aussi important de ne pas avoir peur du progrès mais plutôt réfléchir à comment maximiser les opportunités qu’il représente. L’avènement d’une société post-travail offre l’opportunité de refondre complètement notre mode de distribution des richesses vers plus d’égalité. A nous de décider ce que nous voulons en faire.

L’auteur : Cédric Vaudel

cedric vaudelCédric Vaudel est vice-président du développement commercial chez RobotLAB, société basée à San Francisco, USA.Il bénéficie de plus de dix ans d’expérience professionnelle dans l’industrie des nouvelles technologies et dans le secteur de la robotique, notamment chez IBM, Sage Software et plus récemment Aldebaran Robotics où il supervisait les opérations commerciales et marketing pour l’Amérique du nord et l’Amérique Latine. Cédric vit depuis six ans aux Etats-Unis et milite pour le développement d’une intelligence artificielle protectrice de la race humaine.