Best Of Community management — 10 mars 2015 — 8 commentaires
#Démocratie et #Digital, où en sont nos #politiques ?

Végétaliser les murs, permettre le tri au plus près de son domicile, faire que les œuvres d’arts investissent les rues, trois projets politiques à priori anodins ? Et pourtant non, car ces projets, ce ne sont pas des hommes politiques qui les ont décidé, c’est nous, citoyens, ou plutôt e-citoyens. Et oui, la ville de Paris s’est ouverte, fin 2014, au budget participatif via Internet. Plus clairement, elle a confié 5% du budget de la ville aux internautes pour qu’ils proposent leurs projets, et qu’ils votent pour les projets qu’ils souhaitent voir appliquer…

Cette action, à priori innovante, est en fait déjà mise en place dans de nombreuses villes à travers le monde. Mais, au-delà du retard Français dans la démocratie digitale, cette initiative prouve une chose: Que le digital peut nouer du lien entre la sphère politique, entre la sphère décisionnelle, et le peuple. Alors, en cette période où les hommes politiques sont fortement contestés, je me suis dit qu’il était temps de faire un état des lieux, aussi humble soit-il, de l’impact du digital sur la démocratie en France.

Le digital pour informer les citoyens

2014 a été une année faste pour la transparence de la politique. Il faut dire que le rythme fut donné par la loi de Transparence politique promulguée en fin d’année 2013. Et oui, il a fallu attendre 2014 pour voir de vrais évolutions en terme de transparence publique via le digital.

Car c’est seulement en Septembre dernier qu’Henri VERDIER a été nommé par le Premier Ministre. Son nom ne vous dit peut-être rien mais il est devenu « Chief Data Officier » de la France, rien que ça ! Précisons qu’il est également directeur de la mission Etalab. Cette mission, rattachée au Premier Ministre, a pour but de piloter la politique d’ouverture et de partage des données de l’Etat, des établissements publics, et des collectivités si elles le souhaitent.

Capture d’écran 2015-02-24 à 07.53.46

Mais alors globalement, comment se traduit l’Open Data pour l’Etat Français ? Il suffit de consulter le site http://data.gouv.fr pour se rendre compte de l’immensité des données mises à la disposition du public. Alors on peut penser (et je le pense): Toutes ces données brutes, ces fichiers Excel, on ne va pas lire tout ça. Oui, évidemment, mais le but n’est pas forcément que ces données soient lues par les citoyens. Le but est de les mettre à disposition d’Associations, d’ONG, et de journalistes, qui eux vont avoir des données à fournir aux citoyens, et vont pouvoir mener des investigations pour améliorer (ou pas) la politique actuelle. Cet Open Data, il a été également mis en place par la ville de Paris avec http://opendata.paris.fr/ !

Autre traduction de l’open data publique, grâce au digital, la publication des budgets, et des comptes des différentes institutions. Car en effet, aujourd’hui, il est possible de quasiment tout savoir sur la gestion de sa municipalité, via la transparence des comptes municipaux. Vous me direz, c’était déjà possible avant. Peut-être, mais pas de manière aussi simple.

url

2014 fut également l’année de l’adhésion Française à « l’Open Government Partnership ». Il s’agit d’une initiative Américaine, lancée par Barack OBAMA en 2009. Cette initiative s’appuie sur trois principes de base: La transparence du gouvernement, la participation du public, et la collaboration. Autant dire que ce projet représente réellement la démocratie 2.0, et le mode de gouvernance de demain.

Bref, ce ne sont que quelques exemples des possibilités de transparence politique offertes par le digital. Ces possibilités nous permettent une chose, simple, mais vitale pour une démocratie: Avoir connaissance des différentes données, pour maîtriser les élus au pouvoir, et les juger en toute connaissance de cause.

Le digital pour agir aux côtés des politiques

Budget participatif et crowdfunding urbain, voilà les deux démarches particulièrement en vogue chez les institutions. On peut regretter que ces démarches aient toutes un rapport avec l’argent, mais bref, passons. C’est quand même bien de pouvoir influer sur l’évolution de la ville dans laquelle on vit, en seulement quelques clics. Proposer un projet, le promouvoir, le voir être adopté, puis le voir se concrétiser par les équipes des municipalités, quoi de mieux pour aimer la politique de sa ville ? Quoi de mieux plus simplement pour aimer sa ville ? D’autant plus lorsque l’on part du principe que, selon l’IPSOS, 75% de la population Française en âge de voter a accès à Internet.

Et si à Paris les citoyens décident, depuis 2014, d’une partie du budget, Porto Alegre, au Brésil, l’a mis en place dès 1989. Puis, petit-à-petit, le principe s’est propagé dans le monde entier: Equateur, Espagne, Pérou, Argentine, Portugal, Italie, Suède, Royaume-Uni, Cameroun, ou encore en Chine et en Australie. Tous les continents sont touchés par ce phénomène.

Tiago PEIXOTO, qui travaille à la Banque Mondiale, a rassemblé toutes ces initiatives depuis les années 2000. En rouge: Les budgets participatifs réalisés en ligne. En jaune: Les autres. En bleu: Les projets à l’essai. Le résultat est impressionnant: http://bit.ly/1tHI0Kz

Capture d’écran 2015-02-24 à 09.22.49

Autant dire que si en France l’initiative paraît innovante (bien qu’elle fît déjà réalisée par d’autres municipalités), elle apparaît en retard à l’échelle mondiale. Mais alors, en terme de retombées, et surtout d’engagement, quels sont les résultats de ce type d’opération ?

document

Il s’avère quand même que le tout premier budget participatif à Paris fut un succès ! En effet, l’opération #NOTREBUDGET a rassemblé plus de 40 000 participants (24 000 sur internet, 16 000 en urnes physiques). Plus de la moitié des votants se sont abonnés pour suivre la réalisation des projets. Sur Twitter, plus de 8 700 tweets postés sur le hashtag #NOTREBUDGET. Au final, 2% des Parisiens ont pris part à ce tout premier budget participatif. Une participation à mettre en perspective avec celles précédemment réalisées à New-York et à Lisbonne (13 000 et 3 000 votes sur ces premières éditions).

PB Logo

Ce type de dispositif est donc fortement louable, et le potentiel global semble important. Problème, de nombreux élus locaux font remonter un manque. Ils ne savent pas comment faire pour faire participer la population, pour les écouter, de manière simple et organisée. Et quand il y a demande, il y a offre, grâce notamment à Noospher, une start-up Montpelliéraine qui digitalise la boîte à idées. L’outil, encore en version BETA, est déjà utilisé par la ville de Marseille, ou l’Agglomération de Montpellier, avec de premières idées postées par les utilisateurs.

Le digital pour parler AVEC les citoyens ? Pas encore …

Bon, d’un côté, on ne peut qu’être content que ce type de projets voient le jour, et on se dit que le digital est peut-être une formidable occasion pour nouer du lien entre des hommes politiques, à mon goût pour la plupart déconnectés de la vie des Français, et la France, qu’elle soit rurale, urbaine, à l’étranger, peu importe. Mais je tombe, je chute, lorsque je vois l’utilisation des réseaux sociaux par ces mêmes politiques.

Car, à travers le terme « Réseau Social », je pourrai penser que nos élus ont l’outil pour nouer du lien avec nous, répondre à nos questions, nous demander nos avis, participer à des programmes politiques … Il n’en est rien ! Mais alors, rien de chez rien. Pourtant, selon l’IPSOS, 71% des Français estiment qu’Internet donne la parole à tous, on pourrait donc penser que c’est le lieu pour échanger des paroles.

url-1 url

Mais voilà, Twitter, l’homme politique le voit comme un média avec une belle source d’audience. Il y diffuse ses propres citations, ses idées, son programme (quand il en a un) et … c’est tout. Chez Twitter, on aime rappeler que « Twitter c’est Live, Public et Conversationnel ». Chez le politique, Twitter c’est « Live, Public » point final. En effet, la dimension conversationnelle de Twitter est complètement zappée par nos élus. Il doit bien y en avoir quelques-uns qui échangent avec leurs concitoyens, je ne les ai pas trouvé. Non, le politique, sur Twitter, il préfère casser un autre politique, retweeter son directeur de cabinet, échanger avec un élu d’un même bord politique, et surtout parler beaucoup de lui, mais alors échanger avec des citoyens, en colère ou non, ça non.

N’y voyez là aucun avis politique, mais quand je vois deux tweets mentionnant deux élus de la république, laissés sans réponse par les équipes social media de ces élus, je me dis qu’ils n’ont pas bien compris l’intérêt de Twitter.

Premier cas: Fabien ENGELMANN, maire Front National de la petite commune de Hayange. J’ai pris cet exemple par rapport au fait qu’il s’agit d’une « petite commune », et que le maire peut être vu comme en difficulté dans les médias. Du coup, il me paraît intéressant de se mettre les citoyens de son côté, de les écouter, et de les accompagner, ou du moins, de leur répondre. Par exemple, ici l’utilisateur @barbarojean, à priori pas vraiment fan de son maire, qui suggère la fibre optique dans sa ville, car elle est déjà présente dans une ville voisine.
Résultat: Aucune réponse. L’utilisateur aurait probablement bien vu une réponse du type: « Nous allons étudier cela au prochain conseil municipal, RDV le 28 Février à 15h à La Mairie ».

 

Second cas: Alain JUPPÉ, Maire UMP de Bordeaux. Ce cas a été pris car il s’agit d’une ville plus « importante » en terme de taille, et donc de sollicitations sur les réseaux sociaux. Mais également car il s’agirait, à priori, d’un futur candidat à la Présidentielle de 2017.  L’utilisateur @blufgo, qui pourrait être un non-Bordelais à priori, reproche le fait qu’aucun accueil en langue Asiatique n’est inscrit sur les signalétiques de l’aéroport, en mentionnant Alain JUPPÉ.
Résultat: Aucune réponse, bien que l’aéroport n’est pas forcément géré par la municipalité et donc par Alain JUPPÉ, l’utilisateur aurait probablement été ravi d’entendre un « Nous allons demander l’ajout d’un bienvenue en langue Chinoise ».

Alors vous me direz probablement « ils n’ont pas que ça à faire », ou « ils ne peuvent pas répondre à tout le monde », et vous avez sans doute raison. Le problème étant qu’à ce jour, ils ne répondent à … personne ! Et si je cite un élu UMP, et un élu FN, il en est de même pour tous les partis politiques. Comment peut-on expliquer qu’aujourd’hui, avec un outil aussi simple qu’est Twitter, une marque communique plus avec des clients insatisfaits, qu’un homme politique, censé être à l’écoute de la population ? Il y a clairement ici un gros manque sur le volet Social Media des hommes politiques en France, et la campagne Présidentielle de 2017 sera probablement passionnante à ce niveau-là.

Au final, je me dis que nos responsables politiques, que nous élisons presque chaque année, ont encore beaucoup de progrès à faire. Car si la politique met en place des outils pour plus de transparence, pour que le système politique global soit plus transparent, via l’Open Data par exemple, ils ne sont pas personnellement à l’écoute des citoyens.

Et dans une société de l’hyper-personnalisation, bien loin de la communication de masse, il semble primordial de s’adresser en direct avec des citoyens, le digital est l’outil parfait pour cela.

Que ce soit pour répondre à une question, ou pour demander un avis, les citoyens demandent cet échange, le succès du budget Participatif de Paris le prouve. A quand des élus politiques ouverts, et dans le dialogue digital ?

Source image : Shutterstock.

Articles similaires

Articles Recommandés



L'auteur

Nicolas BERMOND

La marque est l'actif immatériel le plus important d'une Entreprise ! Voilà la philosophie qui m'anime au quotidien dans mon travail et mes projets. Ex Agence BABEL, BDDP Unlimited et McCANN France

 


8 Commentaires

  1. Très bon article, comme d’habitude, un vrai plaisir de vous lire.

    • Bonjour Cassandra,

      Merci de ce gentil commentaire !

  2. Très instructif. En revanche, je crois que ce dont vous rêvez existe depuis peu. C’est une application mobile que j’utilise depuis plusieurs semaine et qui s’appelle GOV. On peut lancer ses propres débats, voter pour les hommes politiques et voir en temps réel leur cote de popularité.
    Voila pour l’info !

    • Bonjour,

      Merci pour le commentaire … Il ne s’agit pas de cela, il existe déjà de nombreux sites sur lesquels nous pouvons lancer des débats, et juger les politiques.

      Il s’agit de débattre AVEC les politiques, d’être écouté !

      Ce type de service n’est plus innovant, car il oublie un acteur majeur: le politique au pouvoir !

  3. Article très intéressant et agréable à lire en effet.
    Juste une petite question, êtes vous certains de cela ?  » Car en effet, aujourd’hui, il est possible de quasiment tout savoir sur la gestion de sa municipalité, via la transparence des comptes municipaux. »

    • Bonjour,

      Merci pour le commentaire. Evidemment, on ne peut pas tout savoir des coulisses sans y être. Mais les agglos publient les comptes municipaux qui sont régulièrement commentés dans la PQR … Et cela va des rémunérations au budget « fleuriste » et « cacahuètes » …

  4. Bonjour,
    Les systèmes de gestion d’organisation de communautés en ligne politique existent, les politiques ont tout interet à engager avec ces outils, pendant la campagne et tout au long de la durée de leur mandat.
    Pour precher pour notre paroisse, digitalebox est le seul éditeur francais contre les américains.
    Cordialement

  5. Bonjour,
    Très bon article ! Vous pouvez éventuellement jeter un œil sur parlement-et-citoyens.fr
    Cette plateforme, lancée en février 2013, par Démocratie Ouverte permet aux parlementaires d’associer les citoyens à la rédaction de leurs propositions de loi.
    Nous lançons d’ailleurs une V2 la semaine prochaine qui sera ouverte à tous les députés et sénateurs après la phase expérimentale qui a impliqué 1 parlementaire de chacun des 6 principaux partis politiques français

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *