Community management Facebook Marketing viral — 31 octobre 2014 — 2 commentaires
Phénomène viral des clowns agressifs, entre rumeur et imaginaire

Qui n’a pas entendu parler de cette folle histoire de clowns agressifs qui sévit sur la France ces dernières semaines ? A quelques heures d’Halloween, il était grand temps d’en parler. Aujourd’hui, les clowns ne font plus rire, ils font peur. Face à ce phénomène viral, qui s’est développé comme une trainée de poudre sur Facebook, la question qui se pose est alors la suivante : réelle psychose ou buzz éphémère qui ne survivra pas à Halloween ?

Mais que s’est-il passé pour que la France voit surgir brutalement de part et d’autre des individus grimés en clown qui jouent à faire peur et qui vont parfois trop loin ? Pour répondre à cette question il faut se tourner vers les Etats-Unis et leur goût prononcé pour les caméras cachées effrayantes (appelées « prank »). Ces caméras cachées, ayant pour but de faire peur à de simples passants, ont à l’origine été pensées dans le contexte de promotion d’un film d’horreur (Chucky, Carrie, The Baby…).

Mais une caméra cachée diffusée sur la chaîne YouTube Dm Pranks Productions, en mai dernier, a fait basculer ce qui n’était alors qu’un canular du côté obscur. Cette vidéo, visionnée tout de même plus de 29 millions de fois, s’est propagée à la vitesse de la lumière en France ces dernières semaines, notamment à travers les réseaux sociaux, et un autre adepte français des caméras cachées s’y est également mis, calqué selon le même procédé mais sans le clown pour pas faire trop copié-collé. Des plaisantins ont donc eu l’idée naïve de reproduire l’idée de la caméra cachée américaine pour voir ce que ça pouvait donner sur le territoire français, notamment dans le Nord, la vidéo et le talent en moins, en allant effrayer écoliers et passants. Des scènes d’effroi avec des clowns se sont, par la suite, dupliquées aux quatre coins de la France, avec certains individus qui ont cru bon d’aller plus loin en agressant des passants, comme si le fait de se déguiser dédouanait de toute responsabilité, créant ainsi les prémisses d’une psychose.

Mis à part quelques incidents recensés, cette psychose est surtout alimentée par le phénomène de rumeur, qui se propage à travers Facebook. Cette actualité serait même un cas d’école pour étudier la propagation de la rumeur facilitée par les réseaux sociaux. Des pages Facebook ont éclos à une vitesse fulgurante, souvent créées par des adolescents, pour recenser les actions des clowns par région voire par ville. D’autres pages, nommées « Chasseurs de clown », regroupant des milliers de fans, ont également vu le jour avec le but, comme le nom l’indique, de chasser les faux-clowns de manière assez violente (souvent avec batte de baseball ou matraque) en suivant la rumeur indiquant leur présence dans une ville ou une autre. Cette propagation de la rumeur a conduit à l’intervention de la Police qui invite toute personne à leur signaler la présence d’un individu agressif déguisé en clown dans des lieux publics, de quoi rajouter encore plus de poids à la psychose.

La Police Nationale a ainsi diffusé un communiqué au point de départ de la rumeur, à savoir les réseaux sociaux, afin d’y mettre fin, on peut y lire notamment : « Ce phénomène, qui enflamme internet et les réseaux sociaux, ne repose à ce jour sur aucun fait établi d’agression physique envers des personnes. Malgré de nombreux signalements auprès des services de police, seules quelques apparitions de personnes déguisées en clown s’amusant à effrayer des passants ont été recensées. Symptomatique de l’impact d’internet, ce phénomène peut engendrer des dérives individuelles dommageables et des troubles à l’ordre public. Sur les réseaux sociaux, des groupes appelant à des mobilisations collectives contre les clowns ont vu leur apparition. » Le phénomène est donc assez limité, la rumeur se chargeant de l’exagérer, notamment à travers de faux signalements aidés par des photomontages en tout genre. La crainte de la Police semble plus se diriger vers des individus qui en viendraient à confondre imaginaire et réalité que vers les faux-clowns réellement plaisantins avec plus ou moins de mauvais goût.

Alors certes il existe des personnes complètement phobiques des clowns, Johnny Depp en ferait partie, cette phobie a d’ailleurs un nom : la coulrophobie. Cette peur des clowns, qui doit en déplaire à plus d’un dont un certain Ronald McDonald que l’on risque de ne plus voir sous le même angle, a longtemps été forgée par l’imaginaire fantastique véhiculé par le cinéma et la littérature venus tout droit des US et qui s’est ancré dans la culture populaire. Qui n’a pas sursauté ou angoissé à la lecture ou devant le téléfilm Ça ? Le personnage maléfique imaginé par Stephen King, venant après l’imagerie liée au Joker déjà constituée, a amorcé ce changement de point de vue vis-à-vis des clowns, de personnages loufoques et comiques à personnages terrifiants, ce qui a bouleversé l’imaginaire collectif, notamment celui forgé lors de l’enfance. Plus récemment, la dernière saison d’American Horror Story : Freak Show met également en scène un terrifiant clown tueur. De plus, est ancré dans l’imaginaire cette idée du clown qui souhaite se venger pour avoir été moqué et humilié, renforçant là encore l’image du clown maléfique.

Ce phénomène s’est également largement popularisé lors de fêtes d’Halloween, une véritable institution aux Etats-Unis comparé à la France. Aujourd’hui, les clowns effrayants et psychopathes sont encore plus érigés au statut de légende urbaine et l’essor de ce phénomène viral n’est pas sans lien avec l’approche d’Halloween qui fait resurgir chaque année les légendes urbaines avec plus ou moins d’intensité. En aurait-il été de même en plein mois de juillet ? Le doute est permis.

Une chose est sûre, le déguisement de clown pour cette soirée d’Halloween risque d’être prisé et dès le lendemain, on n’en entendra beaucoup moins parlé !

Crédit image : Téléfilm Ça« Il » est revenu

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L'auteur

Roxane Favier

Doctorante en marketing, j'étudie la consommation culturelle et mythique à l'oeuvre dans les communautés de marque notamment dans l'industrie du divertissement et du vin. Je suis également blogueuse sur les thèmes du cinéma/série et du digital. Au plaisir d'échanger :).

 


2 Commentaires

  1. Et oui, parmi les clowns historiques, nous pensons que le grippe sou de Stephen King a symboliquement marqué toute une génération et, comme vous le précisez, ils sont remis au gout du jour avec le maléfique clown de la saison actuelle d’AMERICAN HORROR STORY et encore avant les blagues diffusées par certaines vidéos youtube.
    Très bon article, merci !

  2. Bonjour, c’est clair que c’est un très bon exercice pour étudier le phénomène de rumeurs. Les légendes urbaines ont fait elles aussi, dans les années 90, de sacrées histoires. Maintenant avec les réseaux sociaux, en quelques clics des milliers voire des millions de personnes peuvent diffuser une info, vérifiée ou non, c’est bien là le problème.

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