Community management E-réputation Marketing viral Réseaux sociaux — 25 janvier 2014 — 4 commentaires
MinuteBuzz : Une minute ça Buzz, l’autre minute ça Bad Buzz

Il est des moments où tout s’arrête ; où la bascule est faite entre une puissance virale positive et le déferlement négatif s’acharnant et proliférant  comme une ruée de crabes investissant la plage, jusqu’ici couverte de sable bien chaud. Ce moment où le tourbillon généré par cette  toile connectée et connectante dépasse un média puissant comme MinuteBuzz pourtant lui-même créateur de ce « remue-méninge »…

Revenons sur cet événement viral à la puissance positivo-négative dramatique qui pourrait devenir un cas d’école dans le community management et la gestion de la réputation.

I/ MinuteBuzz : Du buzz, du buzz et du bad

MinuteBuzz, c’est ce « site média indépendant et sans complexe, qui vous propose tous les jours un concentré des sujets les plus divertissants et impressionnants du web. » comme expliqué sur leur home page.

Des articles légers comprenant des gifs animés et des vidéos potentiellement toutes virales du fait de leur caractère drôle ou choc, voilà la recette qui fait aujourd’hui le succès du site.

Néanmoins, M. Maxime Barbier, co-fondateur de la société, a posté un article intitulé « Par amour, il fait 8500km pour passer 48 heures avec sa petite-amie » accompagné d’une vidéo de 2 minutes 55 secondes où un jeune homme part rejoindre sa petite-amie à 8500 km de là pour 48h (vous aviez compris dès le titre certainement).

Image de prévisualisation YouTube

Le concept est intéressant avec un fort potentiel viral bien entendu. Comme prévu, l’article dépasse les 100.000 vues en une poignée d’heures avec pas moins de 28.700 partages à ce jour (surtout sur Facebook).

Alors, What’s the problem ?

Les problèmes sont malheureusement multiples dans ce concept.

Tout d’abord, la vidéo met en scène… Maxime Barbier lui-même qui part rejoindre sa petite amie. Tiens, le média relayeur et agrégateur de contenu décide de fabriquer sa vidéo et son histoire afin de la proposer à sa communauté. C’est un pari osé, mais pourquoi pas.

Le problème suivant, c’est qu’après visionnage de la fameuse vidéo on a un ressenti étrange. Ai-je bien vu le hashtag #DRDC, symbole de la nouvelle campagne de Coca-Cola « Des Raisons D’y Croire », au début de la vidéo ? Ah !! Mais tiens on le retrouve à la fin aussi non ?

Cette publicité cachée est plutôt étonnante, d’autant que l’on retrouve à côté même de l’article une invitation à rejoindre la page Facebook Coca-Cola. Vous l’avez compris, cette vidéo innocente n’était qu’en fait une publicité déguisée pour le géant pétillant du soda. Beaucoup de personnes ayant été « émues » par cette vidéo, ont connu le fameux ascenseur émotif en se rendant du vice de contenu. Ce fut le cas, par exemple, de Lily Ponthieux qui ayant été choquée par cette pratique, attrapa sa plume (plutôt son clavier je pense) et rédigea cet article entre autres.

Ça y est, le tourbillon jusqu’alors positif rencontre un obstacle qui va le faire changer de sens : le web. Celui la même qui a fait le buzz peut se défaire en quelques minutes. Ce même buzz qui appartient à ceux qui le propagent, et non pas à celui qui l’a créé. Alors dans ce moment où cette graine contradictoire est plantée, le mal est déjà fait.

Seulement ce n’est toujours pas fini concernant les problèmes car un troisième, et de taille, arrive. Cette vidéo apparaît comme une pâle copie de celle réalisée par l’américain Casey Neista selon beaucoup d’internautes. Selon Maxime Barbier, cette vidéo n’était qu’une inspiration qui l’a poussé à en faire de même. Mais voilà, Casey Neista lui-même poste un tweet où il déclare : « Il y a une différence entre l’inspiration et le vol – Tu devrais avoir honte » pour le co-fondateur de MinuteBuzz ainsi qu’un article où il fait part de son énervement quant à cette copie. Maxime Barbier a beau répondre et s’expliquer, un nouvel accroc vient de se produire.

II/ Quelques éléments d’analyse

Comme nous l’avons vu, cet article posté a généré une véritable vague déferlante sur MinuteBuzz.

Alors attention, ici nous ne nous intéressons qu’au contenu et pas aux personnes ou entités. Ceci n’est pas une tribune inquisitrice envers Maxime Barbier et MinuteBuzz dont je respecte le travail. Relatant simplement des faits, je ne m’intéresse qu’au fond du contenu et du processus de viralisation négatif, les commérages de tous bords m’important que très peu. Je cherche simplement à observer les actions et réactions qui auraient dû être mises en place, avec plus de recul, c’est certain, que les protagonistes de l’histoire non préparés à cet événement.

Partons alors de la publication de la vidéo et de la réaction épidermique de bon nombre de blogueurs, visiblement non adeptes de MinuteBuzz à la base, et qui plus est déçus par son attitude. Un cocktail explosif me direz-vous !! Et vous n’auriez pas tort.

  • 1# La première réaction est donc d’immédiatement calmer les débats afin de réfléchir aux éventuelles actions à mettre en place en retour à ce début de mauvais scénario. Pour cela la discussion est la meilleure arme. Alors on prend 3 heures de son temps s’il le faut et on va discuter avec les blogueurs et autres réactionnaires négatifs vis-à-vis du contenu proposé. Il faut expliquer la démarche, l’idée qu’il y avait derrière et puis désamorcer tout conflit. « Je suis ouvert, discutons ».
  • #2 La deuxième réaction est d’assumer. « J’ai fais, c’est moi et j’assume car il n’y avait rien de mal ». Surtout ne pas supprimer le contenu victime de la critique car cela ne fera que renforcer son importance en suscitant les questions du genre : « Pourquoi l’a-t-il enlevé s’il n’a rien à se reprocher ? » et générant par cela même un effet Streisand important.

Minute Professeur Wikipédia : « L’effet Streisand est un phénomène médiatique au cours duquel la volonté d’empêcher la divulgation d’informations que l’on aimerait garder cachées – qu’il s’agisse de simples rumeurs ou de faits vérifiés – déclenche le résultat inverse. »

Il faut savoir que la transparence est une valeur de plus en plus recherchée par les internautes, ne pas l’être c’est amplifier les problèmes.

  • 3# Ensuite, il faut expliquer publiquement à l’aide d’un article et de ses réseaux sociaux propres que le but recherché n’était pas celui interprété. S’excuser auprès des personnes qui auraient pu mal prendre la publication et les remercier pour leur présence permettant à la société d’exister. Il faut les remercier surtout pour leur franchise : « Chez nous on dit tout, merci à tous d’être présents, francs et de toujours dire ce que vous pensez ». La dédramatisation par l’humour, ensuite, peut être un bon moyen de continuer la discussion, tout en relançant les interactions positives à l’égard de l’entreprise.
  • 4# Mon dernier conseil du jour, pour toute situation négative, se situe en amont de la création de cette situation ; autrement dit avant tout publication. Il faut réfléchir son contenu en termes qualitatif et non uniquement quantitatif. La recherche du buzz à tout prix n’est pas la bonne méthode, ce n’est pas à vous tous que je l’apprendrais. Mais plus que tout, c’est cette notion de transparence qui retient mon attention sur ce cas :

Un petit contact avec l’inspirateur de cette vidéo, M. Casey Neista, afin de lui expliquer la démarche, cumulé avec une mention source dans l’article lui faisant référence voire même dans l’introduction de la vidéo. Ensuite, la mise en clair dès le début de l’article du partenariat avec Coca-Cola et l’explication de l’opération.

Ces deux actions auraient permis de poser bon nombre de barrières résistantes à certaines critiques potentielles et d’avoir une justification plus puissante en cas de bad buzz.

Le pouvoir viral a été, est, et restera

III/  Conclusion

En guise de conclusion, je me suis efforcé à rester le plus neutre possible tout au long de cet article. L’important n’est pas de juger mais d’analyser. Ainsi, que ce soit sciemment fait ou bien une simple maladresse de la part de Maxime Barbier, les interactions positives tout d’abord, puis négatives, ont été exponentielles et nous ont parfaitement démontré la puissance virale d’Internet et des médias sociaux aujourd’hui (CQFD).

Deux choses importantes ressortent finalement de cet article :

  • Le pouvoir viral a été, est, et restera. Ne le négligez pas, comprenez le et surtout apprenez de tout échec. Un sage tibétain m’a dit que c’est par là qu’est cachée la clé de son appréhension.
  • Saviez-vous que la migration des crabes pouvait être si impressionnante ?

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L'auteur

Kevin Dangu

Consultant Inbound Marketing au sein de l'agence 1min30, Je suis un adepte du Marketing 3.0, Webmarketing et développement du Bouche à Oreille. Chasseur et Décrypteur de tendances à mes heures perdues, je suis ouvert à tout échange et dialogue avec plaisir. N'hésitez pas à me contacter via Facebook ou Twitter :-)

 


4 Commentaires

  1. On dit souvent que les bad buzz sont émotionnelles. Il n’en est pourtant rien. 30% des cas de bad buzz (sur N=139) sont des bad buzz rationnels/ de critique.

    Ici, nous sommes dans un cas de critique rationnel, basé sur les normes. Le bruit de la vidéo avant bad buzz, même s’il fait le même bruit que celui d’après la vidéo n’est absolument pas le même pour la simple raison que ce ne sont pas les mêmes publics ( Grand public Vs Communauté marketing & communication) : il n’y a donc pas d’ascenseur émotionnel.

    Allons plus loin même en disant que les gens qui ont aimé la vidéo sont déjà partis depuis longtemps vers une autre info, un autre buzz, une autre émotion.

    • Je suis à la fois en accord et en désaccord avec ce que tu dis.

      Je suis d’accord concernant le fait que la majorité du bad buzz ici prend sa source dans le rationnel et se base sur des éléments logiques clairement définis.

      En revanche, mon travail autour de cet article ne résulte pas uniquement d’une simple analyse et retranscription des faits. Je suis alors discuter avec quelques blogueurs qui ont réagis à l’article de MinuteBuzz. L’un de ces blogueurs m’a expliqué que durant la vidéo il ressentait une forte émotion, qui ne serait pas « ému » face à ce genre de vidéo ?. Bref, à la fin de la vidéo, il s’est senti duper et donc extrêmement déçu. Passer d’une forte émotion positive à une forte émotion négative ressemble selon moi à un ascenseur émotionnel.

      Il y a donc selon moi une partie rationnelle, comme tu as raison de le souligner, mais également une partie davantage émotionnelle qui va jouer sur les sentiments ressentis.
      A cela s’ajoute aussi l’animosité que beaucoup ont envers MinuteBuzz et Maxime Barbier, qui ne jouit pas d’une réputation exceptionnelle d’après mes recherches.

  2. Maxime Barbier avait deja écarté lachement le cofondateur de MinuteBuzz, pas etonnant de le retrouver ds ce genre de petrin.

    • En effet, j’ai pu lire plusieurs articles autour de cette affaire. C’est vrai que cela semble très moche, mais je ne me prononcerai pas, étant trop loin de connaître toute la vérité sur l’histoire.
      En revanche, comme j’ai pu dire dans mon précédent commentaire, cet ensemble d’événements ne font qu’éroder l’image de Maxime Barbier et donc de MinuteBuzz pour qui l’image de son co-fondateur est plus qu’associée.

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