Editorial Web — 13 septembre 2013 — 2 commentaires
Du bon et du mauvais usage de la revue de web

A quoi sert une revue de web ? Pourquoi lit-on des revues de web ? Je ne sais pas vous, mais il m’est impossible de suivre toutes les actualités qui m’intéressent sur le web. Vous savez, Internet va trop vite, tout ça…

Si le retard à rattraper est donc la première raison pour laquelle nous lisons des revues de web, ce format est utile pour bien d’autres raisons. Ce qui ne l’empêche pas d’être parfois utilisé à mauvais escient.

Rattraper le retard

C’est donc la première utilité des revues de web : rattraper le retard. En agrégeant de façon synthétique des actualités publiées sur quelques jours ou semaines, elles sont une lecture pratique et rapide pour ingérer beaucoup d’informations sans y passer la journée.

Les « gros » événements médiatiques, comme par exemple des élections, attentats ou autres sucreries, sont de bons exemples en la matière : le lecture ne peut suivre « en direct » le flux, malgré l’appétence de la presse en la matière (le fameux « live » sacralisé dans certaines rédactions).

revue web

C’est alors qu’une revue de web post événement remplit un rôle très utile : permettre aux lecteurs de prendre connaissance de toutes les informations liées au sujet dans une version ramassée.

Souvent liée à une actualité « forte », les revues de web sont aussi utilisées à bon escient lors de périodes creuses, pendant lesquelles beaucoup déconnectent. La rentrée après l’été est une période propice aux revues de web du type : « Ce qu’il ne fallait pas manquer cet été« . Un rattrapage fort utile pour les estivaux.

Au-delà de cet intérêt (évident), la revue de web peut aussi aider le lecteur à appréhender un sujet dans sa globalité. C’est la deuxième utilité du format.

Enrichir un sujet

Combien d’articles publie une information intéressante mais focalisée sur un tout petit pan du sujet ? Un exemple : le 27 août 2013, de nombreux papiers relataient la dernière nouveauté de Facebook (les albums photos partagés).

Dans cet océan d’articles, ils étaient très peu à expliquer le contexte, pourtant riche, de l’annonce : tenter d’expliquer le succès de la photographie sur les médias sociaux, remonter le fil pour justifier cette nouvelle fonctionnalité, critiquer les usages, voire faire un peu de prospective… Ce qui n’est pas une critique contre ces articles : ils font très bien leur boulot, à savoir annoncer l’information brute.

C’est là qu’intervient la deuxième utilité de la revue de web : agréger des informations en leur donnant une perspective.

revue web

Pour prendre le sujet pris en exemple ici, il serait passionnant de lire une revue de web remettant en perspective l’usage de la photo sur les médias sociaux, le succès des photos en particulier sur Facebook, le rachat d’Instagram, les liens avec le mobile, la concurrence de G+, etc. Bref, intégrer tous les facteurs qui ont conduit à cette décision de création d’albums partagés – et pas seulement l’annonce brute.

Exploiter la conversation

Pour ceux qui génèrent un peu d’audience, les contenus web donnent systématiquement lieu à des commentaires, des échanges sur Twitter, des partages sur Facebook, des débats dans les forums, etc.

Des conversations diverses qui doivent être considérées comme une production digne d’intérêt.

C’est ici que les revues de web révèle leur troisième utilité : intégrer la conversation dans le contenu, voire d’en faire un contenu en soi. Une sorte « d’extension » de la revue de web.

Une telle utilisation peut se révéler fort utile dans :

  1. Les cas de communication de crise (montrer quelques réactions pour mieux expliquer / justifier les décisions prises) ;
  2. Les compte-rendu d’événements (agréger les réactions pour raconter l’événement) ;
  3. Les illustrations de débats (cf. aussi cet exemple, une très bonne synthèse des commentaires sur un sujet qui génère beaucoup de discussions).

revue web

Liste non exhaustive : beaucoup d’autres usages peuvent être pensés.

Du mauvais usage de la revue de web

Parmi toutes ces bonnes revues de web, certaines se révèlent mal fondées. Un exemple : le « tweet clash » du journal L’Opinion.fr (sur le projet gouvernemental concernant les retraites). Si ce contenu semble répondre à un objectif précis, à savoir montrer les divergences des politiques sur Twitter, il souffre de deux grosses carences.

Première erreur : centré sur un support en particulier (Twitter), cette revue de tweets laisse de côté tous les autres outils qu’utilisent les internautes. Considérer que Twitter est l’alpha et l’omega des conversations web, comme semble le laisser entendre L’Opinion.fr, est évidemment réducteur.

Quid de Facebook, des nombreux et riches forums, de Google +, d’Instagram, etc. ? Sans bien sûr oublier, puisqu’il s’agit ici des politiques, des blogs de personnalités ? Tous ces supports constitueraient un réel enrichissement de cette revue de web.

revue du web

Seconde erreur : L’Opinion.fr se cantonne à un registre uniquement descriptif. Lire des tweets devant une caméra ne constitue pas une revue de web, même en l’intitulant « Revue de web 2.0« .

Rappelons-le : une bonne revue de web consiste à d’abord et avant tout à choisir de bons liens sur le sujet choisi. Mais le travail ne s’arrête pas là : il reste par la suite à inscrire ces liens dans une démonstration ou une perspective. Bref : à donner du sens à cet agrégat. Un agrégat simple ne dit rien ni n’explique quoi que ce soit.

Penser les revues de web

C’est quasiment devenu un marronnier de billets de web marketing : DEFINISSEZ VOS OBJECTIFS avant de vous lancer ! Un marronnier fort sensé.

Les revues de web doit subir la même torture : pensez le format. Qu’est-ce que je veux démontrer ? Quelle est la meilleure façon (ton, supports, choix des liens) de le faire ? Quelle est l’utilité de ma revue de web pour les lecteurs ?

Quelques questions simples dont les réponses sauront faire émerger de bonnes revues de web. A moins que ces réponses vous démontrent que l’idée de réaliser une revue de web est inadaptée vis-à-vis de votre objectif. Une remise en question qui vous poussera à emprunter un autre format, ce qui n’est pas toujours une mauvaise chose.

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L'auteur

Benjamin Lagues

Consultant web, je suis passionné par le web social et particulièrement des pratiques qu'en développent les institutions publiques et les élus ainsi que la presse et les journalistes.Plus globalement, je m'intéresse aux usages du web en politique en général, sujet pour lequel j'enseigne à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense.

 


2 Commentaires

  1. Bon retour et analyse sur les revues de web !

    C’est justement le sens dans lequel nous travaillons en quelque sorte sur le projet avecmoncafe.fr

    Je serai curieux d’avoir votre avis !

  2. J’essaie de faire régulièrement une petite revue sur mon blog. Bon, plus ou moins régulièrement 🙂 En tout cas, une revue bien plus simple que celles évoquées dans cet article car il s’agit d’une compilation des articles que j’ai lu et apprécié. C’est une façon de faire profiter tout le monde de ma veille personnelle et de faire un p’tit focus sur les blogs que j’apprécie.

    Pour une revue plus complexe, exercice que je n’ai jamais fait, je sais maintenant où trouver des consignes utiles.

    Celle que je retiens comme la plus importante est de justement ne pas se contenter d’une simple compilation. Il s’agit d’y apporter sa plus-value propre.

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