Editorial Web Monétisation — 17 novembre 2011 — 7 commentaires
Que manque-t-il à la presse en ligne ?

Que manque-t-il à la presse en ligne pour la rendre vraiment intéressante (du point de vue du lecteur) ? Pour la presse d’information, la migration numérique est un enjeu vital ;  le lectorat « papier » s’érode régulièrement,  la concurrence de l’information gratuite (digitale ou non) se fait de plus en plus de pressante et  les frontières s’estompent entre médias Papier – Radio et Télévision…

Se « digitaliser » est perçu par beaucoup (à tort ?) comme un passage obligé, voire comme la seule alternative à la disparition pure et simple à plus ou moins long terme.

Pourtant il faut bien avouer que la plupart des versions digitales peinent à convaincre. Souvent par  manque d’investissement ou de conviction de la part des rédactions. A l’exception des initiatives « Pure Player » (exemple Rue89)  la presse digitale reste le plus souvent le parent pauvre de l’information.

A défaut de trouver ici une solution structurelle ou un nouveau business model, je vais me contenter de décrire quelques fonctionnalités qui selon moi permettraient de rendre plus utile et plus intéressant un journal digital par rapport à son alter ego papier.

Un contenu et une écriture spécifique

On ne lit pas sur un écran comme sur une feuille de papier. Cette affirmation archi-connue nous avons tous l’occasion de le vérifier tous les jours. IL serait donc assez logique de proposer un contenu spécifiquement adapté à la lecture sur écran, qu’il soit « mobile » ou « fixe ».

Pourtant quels sont les titres qui proposent systématiquement des contenus multimédias en support au texte ? Pourquoi tous les sites web ou les applications ne proposent-ils pas la possibilité d’agrandir les polices de caractères ou d’afficher le contenu dans un format simplifié compatible par exemple avec la fonction « Lecteur » de Safari ?

Que penser également de l’intérêt de proposer uniquement en guise de version digitale une copie intégrale de la version papier au format PDF, sans contenu multimédias,  sans hyperliens actifs etc. ?

Si la forme de la presse en ligne est rarement « digital native », que dire alors du contenu ! Les articles sont soit des copies in extenso de la version papier, soit au contraire un résumé ultra succinct composé par des « copier-coller » de dépêches d’agences de presse. Soit on a un contenu intéressant mais pas toujours facile à lire sur écran et surtout sans grande valeur ajoutée par rapport à la version papier, soit on reste sur sa faim avec un article simpliste qui dévalorise le travail journalistique et la maison d’édition.

Corriger ce problème est malheureusement loin d’être simple car cela implique de considérer une édition digitale comme un media autonome et distinct et non comme une simple déclinaison de l’original papier. Pour permettre cela il faut mettre sur pied une rédaction spécifique avec des journalistes formés et motivés à l’écriture Cross Medias.  A notre connaissance, The Guardian est pour l’heure le seul journal non « pure player » qui se soit lancé dans ce défi à une grande échelle (25 journalistes spécifiquement dédiés aux versions digitales).

Un moteur de recherche

Un  moteur de recherche, la plupart de titres en proposent mais combien permettent de :

  • Rechercher (uniquement) dans l’édition du jour ?
  • Rechercher (uniquement) dans les archives ou sur une date précise ?
  • De spécifier si la recherche doit porter sur le titre et/ou le contenu ?
  • De rechercher les articles d’un journaliste en particulier ?
  • De limiter/classer les résultats par catégories de contenu ?
  • Etc.

Et si les moteurs de recherche sont présents sur les sites web,  il est surprenant de constater que c’est loin d’être le cas pour toutes les iPad-Apps.

Des regroupements thématiques

Quand on lit un article sur la chute de Kadhafi par exemple, il est intéressant d’accéder simplement à d’autres articles qui traient du même sujet, voire carrément à tout un dossier thématique. On retrouve parfois cette fonction comme sur LeSoir.be par exemple, mais c’est loin d’être la norme et souvent les liens se limitent à pointer vers les articles connexes de l’édition du jour.

Une ergonomie adaptée aux tablettes

La dimension Tablette n’est pas encore automatiquement intégrée dans les sites web de presse. Un site « lisible » sur un iPad c’est bien mais ce n’est plus suffisant, il faut que les sites soient au minimum optimisés également pour une  lecture sur tablette. Cela implique la suppression des fonction de « mouse over » inapplicables sur un « touch screen » , les simplification des menus déroulants souvent trop petits et peu pratiques pour une navigation « au doigt ». Et je ne parle même pas des bannières Flash illisibles ou des «pop-up» et autre formats publicitaires qui  rendent la lecture pénible, quand ils ne provoquent pas simplement  plantage du navigateur.

Des Applications spécifiques

Mieux encore qu’un site compatible Mobile / Tablette : l’application dédiée. Non seulement cela promet (en théorie) une ergonomie adaptée à la navigation tactile, mais en plus cela permet de configurer des alertes, de bénéficier de la géolocalisation, voire de la caméra. Les meilleures proposants même un mode de lecture non connecté.

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L'auteur

Geoffrey Laloux

Actif depuis 1998 dans le web (à l'époque on parlait encore de modems 2600 bps et de Bulletin Board System - les vieux comprendrons).J’ai toujours travaillé dans la « transformation digitale », d’abord dans la gestion de projet et l’intégration avec les systèmes IT, puis dans la consultance avec l’accent mis sur la communication et le marketing crossmedia.Plusieurs années dans les télécoms, puis de 2008 à 2014 comme gérant d’une agence de Marketing Stratégique (Agence Synaptic) avant de rejoindre le secteur des médias comme « MarCom Manager » d’une plateforme vidéo.En 2015 j’ai intégré le cabinet de consultants « Initio » (Groupe Square Management) ou je m’occupe de transformation digitale dans le secteur de la banque et de l’assurance.Je donne également des formations en stratégie marketing dans les entreprises et dans les Hautes Ecoles en Mar-Com.

 


7 Commentaires

  1. Depuis l’outremer ou,l’étranger, la version pdf des journaux est indispensable, vu le temps que met la version papier d’un quotidien à,arriver

  2. Le problème, c’est que l’on retrouve le contraste de deux cultures bien différentes. L’une, le journalisme classique, qui aura peine à intégrer les nouveaux enjeux du multimédia. Et l’autre, l’internaute, gavé de sources d’informations quotidiennement et qui n’ira que vers ce qui apporte facilité et rapidité.
    Deux termes qui collent mal au journalisme classique… C’est un nouveau métier qui doit s’inventer et non un vieux métier qui doit se ré-inventer.

  3. Une des seules issues que je vois pour la presse est de spécialiser et de viser des secteurs de niche, et encore ! Aujourd’hui, il existe une telle masse de sources d’informations gratuites et accessibles en temps réel, que ça va être dur. Un sondage a été réalisé récemment sur les attentes des jeunes américains de 6 à 12 ans pour Noel et montre à quel point les jeunes deviennent de plus en plus technophiles et dès 6 ans s’intéressent aux Ipad, Iphone et autres consoeurs. Le offline a vraiment du souci à se faire.

    • Le Offline va souffrir je suis d’accord mais en même temps: (refrain classique) La TV n’a pas tué la radio, le CD n’a pas tué le Vynil, Internet n’a pas tué la TV etc.

      Les parts de marchés vont continuer de chuter c’est certains, raison de plus pour faire évoluer le modele en gardant ce que la presse fait de mieux (produire du contenu) mais en l’adaptant à un nouveau format. Hors pour le moment on a surtout l’impression que l’on fait du numérique « parce qu’il le faut bien » tout en essayant de ne pas proposer un contenu trop riche pour ne pas faire (trop) d’ombre à lédition papier… A ce rythme les groupes de presse perdent sur les deux tableaux:
      Les amateurs de gros titres uniquement se contentent de la presse gratuite (et donc n’achetent pas) et ceux qui recherchent une info plus complete sont dégoutés par les applications digitales sans pour autant continuer à acheter la version papier (et n’achetent plus).

      l’evolution logique c’est le rachat des titres « papier » par les groupes TV (synergie de contenus); l’economie y gagnera mais la pluralité des opinions va en prendre un méchant coup (cf. L’Italie avec Berlusconi et MediaSet)

  4. Une des portes de sorties que je trouve pour la presse,c’est de cibler des domaines intéressants. De nos jours, il existe de différentes sources d’informations qui d’ailleurs sont gratuites et faciles d’accès. Pour preuve, un sondage réalisé aux USA a révélé que les jeunes américains de 6 à 12 ans préfèrent les Iphone, Ipad, etc… On a de quoi à s’inquiéter pour les autres sources d’information.

  5. C’est très logique.
    Merci pour ces info.
    @++

  6. Personnellement je trouve qu’ils se sont bien adapté, aujourd’hui au lieu d’ouvrir un journal, j’ouvre google news et je peux lire très rapidement tous les articles qui m’intéresse.

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