Applications mobiles — 11 janvier 2011 — 1 commentaire
Presse numérique et tablettes… Pas encore la révolution

Quand Apple a lancé son iPad début 2010 de nombreux analystes ont vu dans la tablette de Steve Job le sauveur de la presse « papier ». Portable, conviviale et surtout dotée d’un système de paiement intégré et adapté aux micros paiements, la tablette semblait en effet être en mesure de permettre enfin la mise en place d’un modèle économique rentable pour l’édition numérique…

Parmi les plus enthousiastes, Rupert Murdoch le tout puissant patron de NewsCorp qui prédisait que l’iPad à lui seul allait sauver la presse grâce aux économies de fabrication et de distribution.

Très rapidement, de nombreux éditeurs ont proposé une version «tablette » de leurs magazines, parfois en complément des versions Smartphone et Web préexistantes, souvent avec une certaine précipitation. Virgin Media et son médiatique patron Richard Branson ont même lancé fin 2010 « The Project », un magazine uniquement disponible sur iPad et qui selon le communiqué de presse est « un magazine multimédia révolutionnaire plein de culture internationale, de divertissement, de design, d’économie, de voyage – et avec l’acteur Jeff Bridges! »… tout un programme.

En réalité The Project s’est avéré être plutôt une version light de magazine comme GQ ou FHM avec quelques vidéos, l’un ou l’autre effet sonore et quelques animations qui semblent avoir été développées uniquement dans le but de pouvoir dire que l’on peut utiliser le « touch screen »…

La première édition de The Project n’est révolutionnaire ni par la forme ni par le contenu et c’est bien la que réside le problème de l’ensemble de la production actuelle de l’édition électronique.

Trop souvent les versions iPad des magazines ressemblent à une version « tactile » du contenu déjà proposé sur le web. Certains tentent de proposer une version « bodybuildée » en rajoutant des vidéos ou des effets sonores (vite énervant) à tout-va. Tandis que d’autres – surtout les journaux d’actualité – se contentent de mettre en ligne une sorte de pdf sans interactivité. Dans l’ensemble on peut dire qu’il n’existe pas encore de contenu exclusif et réellement novateur propre aux éditions numériques.

A ces problèmes de contenu, vient s’ajouter une ergonomie non standardisée voire franchement fantaisiste. Sans oublier une politique tarifaire assez rebutante: Coté US il n’est pas rare en effet de voir une version iPad vendue 5x plus cher que son homologue papier qui pourtant propose exactement le même contenu. Dans ce domaine il est vrai qu’Apple s’approprie 30% du prix de vente, ce qui ne facilite pas la mise en place de tarifs compétitifs sans devoir sacrifier la marge de l’éditeur.

Les conséquences ne se font pas attendre, de nombreux éditeurs reconnaissent qu’après un démarrage en fanfare des ventes des premières éditions de magazine-iPad, la plupart des titres enregistrent un déclin sévère à partir du second numéro. Wired, Le plus célèbre des magazines pour Geek par exemple à vendu plus de 100.000 « copies » de son édition de juin 2010 mais à peine 22.000 en Novembre de la même année. La plupart des grands titres US enregistrent des baisses cumulatives des ventes de 10 à 20% chaque mois depuis le lancement de leur premier numéro. En Europe, ce n’est guère mieux, selon une étude d’Innovation Media, les lecteurs de journaux sur iPad attribuent en moyenne la note de satisfaction de 5/10 seulement aux éditions numériques.

Pour réussir sa conversion digitale et mettre en place un business model rentable, la presse ne pourra probablement pas compter sur un prix de vente compétitif par rapport à la version papier, mais elle devra compenser en proposant un contenu avec une réelle valeur ajoutée. Ce contenu devra venir du fond mais également de la forme. Pour convaincre, la presse numérique va devoir se construire sur des rédactions spécifiques et des journalistes dédiés à l’instar de ce que réalise The Guardian. Elle va devoir rapidement mettre en place des codes ergonomiques et des
standards (comme pour le w3c) afin de permettre aux lecteurs de rapidement trouver leurs automatismes de lecture.

Il sera également nécessaire de « décloisonner » les Apps afin de permettre une réelle interactivité, avec le lecteur bien sur mais également avec d’autres applications comme les réseaux sociaux, les services d’archives, la géo localisation, d’autres fournisseurs de contenus etc.

Enfin le modèle économique devra évoluer pour permettre de vendre le contenu sous forme d’abonnements plutôt que par édition. Ces abonnements pourraient couvrir soit une période donnée, soit un nombre limité d’articles, soit encore une thématique précise et éventuellement valable pour plusieurs titres d’un même éditeur.

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L'auteur

Geoffrey Laloux

Actif depuis 1998 dans le web (à l'époque on parlait encore de modems 2600 bps et de Bulletin Board System - les vieux comprendrons).J’ai toujours travaillé dans la « transformation digitale », d’abord dans la gestion de projet et l’intégration avec les systèmes IT, puis dans la consultance avec l’accent mis sur la communication et le marketing crossmedia.Plusieurs années dans les télécoms, puis de 2008 à 2014 comme gérant d’une agence de Marketing Stratégique (Agence Synaptic) avant de rejoindre le secteur des médias comme « MarCom Manager » d’une plateforme vidéo.En 2015 j’ai intégré le cabinet de consultants « Initio » (Groupe Square Management) ou je m’occupe de transformation digitale dans le secteur de la banque et de l’assurance.Je donne également des formations en stratégie marketing dans les entreprises et dans les Hautes Ecoles en Mar-Com.

 


1 Commentaire

  1. merci pour cette article , attendons déjà l’arrivé de l’ipad 2 prévu le mois prochain

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